Zahava Seewald choisit ses mots pour évoquer les musées

Zahava Seewald choisit ses mots pour évoquer les musées, une de ses passions. Aucun doute, elle n’est pas de celles que ses parents ont traîné dans des galeries fatigantes et surchauffées, lors de visites obligatoires. Au contraire, son attraction pour la chose remonte à l’adolescence, d’elle-même, sans l’intervention de qui que ce soit.

« À l’époque, les musées étaient gratuits. Quand j’habitais Anvers, j’y entrais un jour de pluie ou dès que j’avais un moment. J’aime voir et revoir le patrimoine, les objets précieux, les tableaux, sculptures… Cet espace ouvert à tous conserve ce qui pourrait se perdre. La question de notre mortalité peut être angoissante, mais les musées y font face à leur façon en garantissant aux traces de perdurer. C’est pour cette raison que ces lieux presque sacrés et rassurants m’ont toujours fascinée. »

Cette affinité tombe bien. Car Zahava Seewald est conservatrice au Musée juif de Belgique (à Bruxelles), et ça fait 23 ans que ça dure. Un musée qui a été la cible d’un attentat il y a deux ans, le 24 mai 2014. Désormais, pour y entrer, il faut montrer patte blanche à deux militaires ankylosés par quinze kilos de harnachement. Ce samedi 24 mai 2014, Zahava était en balade. Discrète, elle préfère ne pas commenter. Elle raconte juste ce qui a changé depuis. « J’ai l’impression que je ne dois plus vivre dans une espèce d’anonymat. Aujourd’hui, quand on me demande l’origine de mon nom, je n’ai plus le besoin de rester vague, j’ose raconter mes origines. »

Sa voix feutrée cache une solide détermination. Quand Zahava n’a pas envie de répondre à une question, elle ne répond pas. « Elle sait ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas », confirme Tuur Florizoone, un accordéoniste qui a joué avec elle. Car une autre passion porte cette historienne de l’antiquité et de l’art contemporain. La musique. Diplômée du conservatoire, la mezzo soprane va et vient entre les musiques traditionnelles du monde et des expériences mêlant électronique, voix et instruments.
Zahava croit au caractère indispensable de l’art, mais pas à son rôle émancipateur ou libérateur. « Toutes les formes d’expression artistiques sont comme des autres mondes qui s’ouvrent à moi. Je suis sidérée que l’éducation à la culture n’existe pas à l’école. L’oreille et l’œil ont besoin d’être formés. Mais la culture rassemblerait-elle les gens et les rendrait-elle meilleurs ? J’en doute. L’art n’est qu’une consolation de notre imperfection en tant qu’humain. »

Zahava aime transmettre. À commencer dans sa famille. « J’ai offert à mes deux enfants des albums photos sur leur enfance. Les adolescents adorent revoir ce qu’ils ont été et ces photos leur permettent d’articuler leur personnalité, de s’inscrire dans une histoire. Je leur ai aussi préparé une valise avec leurs jouets et vêtements que j’affectionnais le plus. Malheureusement, j’ai perdu beaucoup de choses de mes parents. Les objets de culte que mon père avait ramenés de Pologne ont disparu et, à part ses bijoux, ma mère n’a rien emporté de sa jeunesse au Maroc. »

Transmission et informatisation

Dans cette envie de propager, ce n’est pas un hasard si cette dame a aussi enseigné, en réfléchissant aux bons moyens de la transmission, aussi bien pour les seniors que les juniors. Avec un faible avoué pour les jeunes : « Les enfants slaloment d’un sujet à l’autre et créent des associations beaucoup plus librement. Ils jugent moins aussi. » Puisque transmettre, c’est s’exprimer, ce n’est pas un hasard non plus si Zahava parle six langues et se met depuis peu au grec moderne. Français, flamand (sa langue d’école), hébreu (la langue du religieux), anglais, allemand, et yiddish, une langue de fusion parlée par son père et qui imbrique l’allemand, l’hébreu, et du vocabulaire d’origine slave et romane.

Un atout pour son métier. Sur son bureau, on aperçoit un catalogue d’exposition en allemand. Et pour y voir clair dans les collections du musée, il vaut mieux maîtriser hébreu et yiddish. Perfectionniste, l’artiste-enseignante-conservatrice est à l’origine de l’informatisation de la collection du Musée Juif de Belgique, 15 000 pièces sans compter les archives, photos, livres, partitions et enregistrements.

Tous ces trésors sont aujourd’hui empaquetés : après 25 ans d’activités, le musée déménage, le temps d’entreprendre d’énormes travaux. La date et le programme de réouverture ne sont pas communiqués. Une certitude toutefois : « La réouverture sera pensée au sein du paysage belge. Notre musée s’ancre dans les fondements de l’histoire du pays et concerne les Juifs de Belgique mais aussi des migrants de partout dans le monde. Nous avons par exemple des contrats de mariage de différents pays, en lien avec l’histoire de certaines familles installées en Belgique. Ce lien avec l’immigration et les autres cultures permet de concevoir des expositions où tout le monde se sent concerné. Présenter le judaïsme tel quel n’est pas suffisant. Il faut trouver des ponts avec les autres cultures et religions. » Rendez-vous peut-être dans deux ans, pour essuyer les plâtres du Musée mouvant, émouvant.

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