Retour à 50 ans sur les bancs de l’université

Difficile de se retrouver sans rien faire en Belgique quand on a passé sa vie à ouvrir et à fermer chaque jour le volet de sa pharmacie. À un peu plus de 50 ans, Midia vit aujourd’hui en Belgique et s’apprête à retourner sur les bancs de l’université. Faculté de médecine, orientation pharmacie. Son rêve : ouvrir une pharmacie en Belgique, métier qu’elle connaît et qu’elle a exercé pendant 23 ans à Damas.

Opposant notoire au régime de Bachar El-Assad, le nom de son mari figurait sur une liste de 300 personnalités visées par le régime. « À plusieurs reprises des hommes ont fait irruption dans la pharmacie pour me poser des questions sur mon mari et sur ses activités. Ils tentaient de m’intimider pour faire pression sur notre famille ». En juin 2012, le mari de Midia est invité à Bruxelles pour discuter de la situation en Syrie avec des dirigeants européens. Il quitte Damas en voiture, traverse clandestinement la frontière et se rend en Turquie d’où il prend l’avion pour Bruxelles. Sa décision est déjà prise : il restera en Belgique, la situation en Syrie est devenue trop dangereuse pour lui. Sa femme et ses 4 enfants doivent le rejoindre en Belgique. Il leur faudra 2 ans.

La Fédération Wallonie-Bruxelles lui reconnaît 3 années d’études. C’est insuffisant pour ouvrir sa propre pharmacie. Midia est déterminée et n’a d’autre choix que de reprendre des études.

Une fois la question du logement réglée et les enfants inscrits à l’école, Midia et son mari tentent de reconstruire leur vie ici. « Nous n’avons pas le choix. Nous ne pouvons pas rentrer chez nous et je ne veux pas rester à la maison sans travail ». Le français de Midia est encore précaire mais les progrès sont là. Midia raconte comme elle peut son parcours, les déboires administratifs, la difficulté de trouver un appartement et les problèmes financiers. Heureusement, des Syriens exilés en Belgique sont là pour les soutenir.

Équivalences en souffrance

Se pose alors la question des équivalences de diplôme. Pas facile quand on a quitté un pays en guerre et qu’on n’a pas nécessairement emporté les bons documents et les relevés de note. Des pièces du puzzle manquent. Alors comme souvent pour les personnes qui se trouvent dans la même situation que Midia, la déception est au rendez-vous. Ses 5 années d’études à Damas ne sont que partiellement reconnues. La Fédération Wallonie-Bruxelles lui reconnaît 3 années d’études. C’est déjà ça mais c’est insuffisant pour travailler comme pharmacienne et ouvrir sa propre officine. Peu importe si cette profession fait partie de la liste des métiers en pénurie dans certaines régions du pays. Midia est déterminée et n’a d’autre choix que de reprendre des études. « J’ai une connaissance syrienne elle aussi qui a suivi le même parcours. Après deux années de master à l’ULB, elle travaille dans une pharmacie à Molenbeek ».

Un rêve qui deviendra peut-être un jour réalité pour Midia si elle arrive à s’inscrire. Outre le paiement du minerval qui pose problème quand on n’a pas d’autres revenus que le CPAS et que celui-ci n’intervient pas, les démarches s’avèrent plus compliquées que prévues. Question de dossier administratif incomplet une fois encore. C’est cela aussi le parcours du combattant de réfugié.

 

 

 

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