La statue de Skanderbeg à "Skarbek"

Les “Albelges” de Schaerbeek

Pour les Albanais de Belgique, les Albelges comme on dit, le quartier bruxellois emblématique de la diaspora se trouve sur le territoire de la commune de Schaerbeek. Visite guidée.

À Schaerbeek se côtoient toutes les vagues d’immigration des Albelges1, des plus anciennes avec leurs descendants aux plus récentes. Elles sont originaires de différents pays et régions albanophones où la présence albanaise est ancienne et significative dans les Balkans (Albanie, Kosovo, Ex-République yougoslave de Macédoine, Monténégro, Serbie et Turquie). Ce quartier constitue aujourd’hui un lieu unique en Europe regroupant les immigrations albanaises de l’histoire récente.

Historiquement, Schaerbeek a été un des premiers lieux d’installation des Albanais en Belgique à partir de 1956. Aujourd’hui, on estime le nombre d’Albanais de souche vivant en Belgique à plus de 60 000 personnes. Les Albanais originaires d’Albanie sont arrivés à la fin des années 1950. Dans les années 1960, ce fut le tour des Albanais de Turquie et de Yougoslavie. Enfin, au début des années 1990, les crises dans les Balkans, provoquèrent une nouvelle arrivée en provenance d’Albanie, du Kosovo, de Macédoine et du Monténégro.

Après plusieurs années d’errance, Bruxelles leur permettait enfin de s’établir, la statue attestant qu’ils s’installaient ici durablement.

En Belgique, les Albanais se sont structurés traditionnellement autour des lieux de cultes, des activités politiques et des activités sportives sur le territoire de la commune. Une présence discrète
En arrivant de la place Rogier en descendant le long du parc Josaphat – lieu de promenade prisé par les plus âgés des Albanais –, on trouve au coin du square Prévost Delaunay une statue de taille moyenne d’un guerrier du Moyen Âge. Cette statue est celle du héros national albanais, Gjergj Kastrioti dit « Skanderbeg ». Érigée grâce à l’argent rassemblé par les Albanais, elle fut inaugurée le 17 janvier 1968 pour commémorer le 500e anniversaire de la mort du héros national albanais. Une plaque en albanais se trouve à côté des plaques en français et en néerlandais. Cette statue, outre de marquer symboliquement la présence albanaise en Belgique, revêt une signification particulière puisque c’est la preuve tangible que les Albanais pouvaient dès les années 1960 se rassembler et porter haut les couleurs du pays qu’ils ont été contraints de quitter. Après plusieurs années d’errance, Bruxelles leur permettait enfin de s’établir, la statue attestant qu’ils s’installaient ici durablement. Elle est devenue le lieu privilégié des cérémonies et événements majeurs de l’histoire des Albanais en Belgique. C’est ainsi qu’en 2012, le Président de la République d’Albanie s’y est rendu pour commémorer avec les Albanais de Belgique le 100e anniversaire de l’Indépendance.

En déambulant dans les rues du quartier, on remarque sur ou dans les voitures des autocollants ou des fanions frappés de l’aigle bicéphale noir sur fond rouge. Ce symbole est le drapeau de la République d’Albanie et surtout celui des Albanais de par le monde. Outre ce symbole, et les couleurs (le rouge et le noir) qui y sont associées, c’est l’utilisation des trois premières lettres « ALB » qui marque l’appartenance à la nation albanaise. Rien, en dehors de ces éléments, ne permet d’associer le quartier à la communauté albanaise pour qui ne connait pas cette partie de Bruxelles. La variété des pays de provenance, les circonstances liées à l’émigration, la durée de la présence en Belgique et l’activité professionnelle sont autant d’éléments qui expliquent le peu de visibilité de cette diaspora.

Entre le « ici » et le « là-bas »

La boucherie « Kosova » fait figure d’exception car elle est l’une des rares du quartier à avoir des inscriptions en albanais, en français et en néerlandais. La supérette « Albi market » de la rue Rogier illustre l’usage des lettres « Alb » de même que la librairie « Albabel » située rue de Jérusalem. Cette librairie est un symbole supplémentaire de la forte présence albanaise dans ce quartier.
Ouverte en 2006, elle est la seule libraire entièrement dédiée aux livres albanais et à l’ensemble de la culture albanaise en Belgique. Ce commerce permet de faire perdurer et renforcer la présence albanaise dans le quartier tout en lui donnant une nouvelle dimension qui correspond sans aucun doute à une nouvelle demande. Depuis l’ouverture des frontières de l’Albanie au début des années 1990, l’accès à l’actualité littéraire de Tirana se fait de façon plus aisée alors qu’auparavant elle n’était accessible que depuis Pristina au Kosovo.

Les deux mosquées de la communauté albanaise à Bruxelles se trouvent à Schaerbeek. L’Association musulmane culturelle albanaise de Belgique se trouve avenue Rogier tandis que l’Association islamique culturelle albanaise (mosquée de la foi albanaise) est située non loin de là, rue des Ailes. La mosquée de l’avenue Rogier est une véritable institution, puisque c’est la première mosquée albanaise de Belgique. On se souviendra de l’avoir vue dans les médias le jour de l’enterrement d’Iliaz Tahiraj, cet employé de la Stib d’origine albanaise qui trouva la mort en intervention en avril 2012. Quant aux catholiques, ils se sont rassemblés pendant presque vingt ans à partir du début des années 1970 à l’église Saint-François d’Assise, rue des Palais.Sur le terrain

Du point de vue de l’engagement politique, Schaerbeek occupe là aussi une place particulière dans l’histoire des Albelges. C’est dans cette commune que se présentent le plus de candidats d’origine albanaise aux différentes élections. C’est ici qu’un Albelge, Gzim Sulejmani (Écolo) siégea pour la première fois dans un conseil communal. Il est né en Belgique de parents originaires de Macédoine.
Le sport occupe également une place importante dans les activités de la diaspora albanaise. Le Football Club Kosova Schaerbeek a été créé en 1991 par des Albanais du Kosovo actifs au sein d’une association à vocation culturelle dénommée « association Anton Ceta » du nom d’un défenseur des droits de l’Homme au Kosovo. L‘équipe est multiculturelle contrairement à sa direction qui, elle, est composée uniquement d’Albanais de souche.

Comme toutes les populations méditerranéennes, les Albanais ont toujours aimé se retrouver dans les cafés. De nombreux débits de boissons appartiennent aujourd’hui à des Albanais, ce qui n’est pas étonnant puisque le secteur de l’Horeca est l’un de ceux dans lequel travaillent beaucoup d’Albelges. Mais contrairement à d’autres diasporas (les Turcs notamment), très peu de drapeaux sont présents sur les vitrines des cafés.

Ce qui est remarquable dans le cas de la communauté albanaise vivant à Schaerbeek, c’est que ceux qui y ont grandi y ont généralement gardé des attaches très fortes. Et ce même s’ils n’y vivent plus aujourd’hui. La présence de la diaspora albanaise à Skarbek depuis le début des années 1960 est stable et son ancrage dans la vie socio-économique de la commune est une réalité tangible mais discrète.

Notes:
1    « Les Albelges ­», in Agenda Interculturel, n° 244, Bruxelles, juin 2006,  pp. 16-18.
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