Intégration en Wallonie: bouger!

Par rapport aux deux autres Régions, la Wallonie reçoit moins de “nouveaux migrants”. Est-ce la raison du retard à prendre en compte une réalité qui s’impose partout en Europe?

Quel est le tableau des politiques d’intégration en Wallonie?
On a coutume de dire qu’il ne se passe rien en Wallonie alors qu’en Flandre, il existe un parcours d’intégration. C’est à la fois vrai et faux. Il y a, en Wallonie, un tissu associatif qui offre un certain nombre de services qui fonctionnent bien, notamment pour l’alphabétisation. Ce qui manque effectivement, c’est un cadre institutionnel, ce que les Flamands appellent un “trajet”, pour systématiser l’action des différents acteurs en termes d’insertion socio-professionnelle des primo-arrivants. Un trajet par étapes qui partirait de l’apprentissage du français et qui irait jusqu’à l’insertion socio-professionnelle.

Vous plaidez pour qu’on copie ce qui se passe en Flandre?
Non, nous ne voulons pas “copier” les Flamands, nous plaidons pour la création d’un parcours d’intégration. Un parcours qui parte de la commune pour offrir un certain nombre de services aux primo-arrivants. Nous voulons que la commune soit la première marche de l’escalier. Contrairement à ce qui se passe en Flandre, nous ne voulons pas que ce parcours soit obligatoire.

Le fait que ce parcours n’existe pas pose des difficultés aux primo-arrivants?
Ça dépend. Certains primo-arrivants n’ont pas réellement besoin de parcours d’intégration. Mais ce qui est sûr, c’est que ça faciliterait l’accès aux services qui existent déjà pour les personnes qui en ont besoin. L’idée de travailler à partir de la commune est un moyen d’interpeller les institutions. Á partir du moment où on responsabilise la commune dans l’accueil et l’orientation des primo-arrivants, ça permet d’interpeller l’autorité communale et de formaliser le suivi des personnes.

Est-ce que le travail du tissu associatif est suffisant?
Systématiser l’action des associations permettrait justement d’avoir une meilleure photographie de ce qui se fait sur le terrain. Ce qu’on peut dire à l’heure actuelle, c’est que l’offre de service est inégale selon les villes. En créant un parcours, on pourrait avoir une meilleure évaluation de l’offre.

Comment a-t-on accès aux services qui existent pour l’intégration des primo-arrivants?
En Région wallonne, il y a sept centres régionaux d’intégration qui ont chacun un nom et une histoire différente. Selon qu’on soit à Mons, à La Louvière, ou à Liège, l’offre de services est différente.

Y a-t-il une frilosité du côté francophone à installer ce fameux parcours d’intégration?
La compétence de l’intégration est arrivée à la Région wallonne et à la Cocof suite aux accords de la Saint-Michel en 1994. À l’époque, il y a eu un grand débat en Région wallonne: “Faut-il mener des actions spécifiques pour les personnes d’origine étrangère, alors que si on lutte contre l’exclusion et la pauvreté en général, on touche aussi ces mêmes personnes?”. C’est un peu la perspective républicaine française qui s’est imposée alors: la loi existe, la loi est pour tous, il n’y a pas de problème. Du côté flamand, on a réfléchi plus à la façon anglo-saxonne. La question des minorités et des communautés était déjà plus prégnante.

Comment expliquer cette différence?
Les Régions ne sont pas toutes concernées de la même manière par l’arrivée des nouveaux migrants. De plus, il y a en Wallonie une vieille tradition syndicale et associative qui permet de comprendre pourquoi on n’a pas pris conscience tout de suite de l’importance de construire des politiques spécifiques pour les personnes d’origine étrangère. Quant à la notion de contrainte, on se rend compte qu’elle est plutôt embêtante sur le terrain, parce que qui dit contrainte, dit aussi sanction. Où la met-on? Sur les droits? Dans les faits, les sanctions ne sont pas vraiment appliquées en Flandre. De plus, si les pouvoirs publics prennent le risque de mettre une contrainte, il faut que l’offre de services suive. Or à l’heure actuelle, il y a des listes d’attente considérables pour suivre une formation au Forem.

À part l’absence du parcours d’intégration, y a-t-il d’autres manquements?
Oui, au niveau des budgets notamment. Le budget de la Région flamande pour l’intégration est trois à quatre fois plus important que celui de la Région wallonne, qui fait avec ce qu’elle a. Par ailleurs, au sein de la Commission wallonne pour l’intégration des personnes étrangères ou d’origine étrangère, nous soulignons le fait qu’il ne faut pas attendre des politiques d’intégration qu’elles résolvent les problèmes d’emploi ou de logement. Quand j’entends des gens dire que “les politiques d’intégration ont échoué”, je ne suis pas d’accord. Ce qui ne fonctionne pas, ce sont les politiques d’emploi en général. On sait aujourd’hui que le chômage touche principalement des jeunes d’origine étrangère. L’ascenseur social ne fonctionne plus. Il faut pouvoir identifier clairement ce qui fait obstacle au droit au travail pour une partie de la population.

Vous voulez parler des problèmes de discrimination?
Bien entendu. Les Ministres de l’emploi, du logement et de l’intégration doivent travailler ensemble sur ces matières. C’est pour cela que nous plaidons pour qu’au moins une fois par an se tienne une session gouvernementale thématique sur les questions d’intégration. Pour que l’ensemble des Ministres se sentent concernés par ces matières-là. Le Ministre qui a l’intégration dans ses compétences a comme devoir d’aiguiller ses collègues, notamment ceux de l’emploi et du logement.

Propos recueillis par Grégoire Comhaire

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