“Tout récit de réfugié est pénible. Celui des Tchétchènes en Belgique n’est pas une exception…”

Murat Daoudov est d’origine tchétchène. Il est passé par les instances d’asile belges avant d’obtenir le statut de réfugié et, plus tard, la nationalité belge. Son parcours éclaire la façon dont la Belgique prend en compte le besoin de protection des Tchétchènes.

 Quand on regarde l’histoire des réfugiés tchétchènes en Belgique, on constate que toute une série de problèmes se sont posés pour les instances d’asile… 

Les Tchétchènes sont essentiellement arrivés en Belgique après le début de la guerre en 1999, la guerre dont on ne cesse depuis de décréter officiellement la fin… Dans un premier temps, il est vite apparu que les instances d’asile manquaient d’information sur la Tchétchénie et d’outils de « reconnaissance » des Tchétchènes. Le besoin d’information et d’outils de vérification, notamment d’interprètes en langue tchétchène, était criant. Les personnes maîtrisant la langue et appelées à traduire les récits des réfugiés étant rares à l’époque, cette situation n’a pas manqué de créer une sorte de « monopole » de certains, propice aussi à toutes sortes de manipulations. 
 
On peut parler de deux phases dans le traitement des instances d’asile : celle de la découverte de ce conflit et celle de la reconnaissance de la « sale guerre » qui sévissait en Tchétchénie…
 
Il est clair qu’au début, l’examen des dossiers a été marqué par la réticence et la lenteur des autorités belges à reconnaître le droit des Tchétchènes à l’asile malgré une guerre d’une rare violence. La reconnaissance « massive » du statut des réfugiés est arrivée avec les premières condamnations de la Russie par la Cour européenne des droits de l’Homme en 2004. Cependant, une différence d’approche s’est fait sentir dans l’examen des dossiers à différents stades de la procédure, entre l’Office des étrangers, le CGRA et la Commission permanente des recours des réfugiés (CPRR) remplacée entre-temps par le Conseil du contentieux des étrangers (CCE).  
 
Quand on parle des Tchétchènes, il est difficile de ne pas évoquer le règlement de Dublin… 
 
Le parcours de réfugié n’est jamais un trajet linéaire entre un point A et un point B. Il s’apparente plutôt à un parcours d’obstacles. Beaucoup se sont heurtés au labyrinthe de la réglementation européenne, incompréhensible et souvent insensible à leurs douleurs. Dans le cadre du règlement de Dublin, de nombreux Tchétchènes ont été renvoyés vers les pays de l’Europe de l’Est dans lesquels leurs chances de se voir reconnaître réfugiés étaient nulles. 
 
Propos recueillis par François Corbiau
 
*Murat Daoudov est aujourd’hui Directeur des relations européennes et internationales à l’Union des municipalités de Marmara (Turquie). Il est également membre du Think-Tank du Conseil de l’Europe sur le dialogue nord-sud.
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