Sortir des centres

Une fois reconnus comme « réfugiés », les anciens demandeurs d’asile ont deux mois pour quitter le centre d’accueil où ils ont vécu durant toute leur procédure. C’est souvent à partir de là que les choses se corsent. Et que les défis s’accumulent.

 Premier défi : trouver un logement. C’est la première difficulté, et probablement la plus grande : trouver un logement adapté aussi bien à la composition du ménage qu’à des ressources financières limitées. Aux loyers élevés s’ajoutent la méfiance et les abus de propriétaires ou d’agences immobilières dont la position de force les amène à s’écarter de certaines exigences légales (logements insalubres, garanties locatives en cash…) ou à refuser de louer leurs biens à des étrangers dont ils ne comprennent pas toujours le statut et qui dépendent du CPAS.

Deuxième défi : le trouver vite, très vite. Et pour cause : FEDASIL ne laisse que deux mois pour quitter la structure d’accueil. Mission quasi impossible. Il faut alors demander un délai supplémentaire à FEDASIL, qui ne l’accorde pas facilement.

Troisième défi : obtenir (à temps) l’aide du CPAS compétent. La loi garantit une continuité dans le passage de l’aide matérielle dans les centres vers l’aide du CPAS. Malheureusement, la collaboration entre FEDASIL et les CPAS est loin d’être harmonieuse et c’est alors au demandeur d’asile et aux personnes qui l’accompagnent de servir de trait d’union entre ces deux institutions. Résultat : trop souvent, FEDASIL décide de mettre fin à l’aide matérielle avant que l’aide du CPAS ne soit effective.

Problème courant : la garantie locative. Pour « réserver » un appartement, il faut apporter rapidement au propriétaire la preuve de pouvoir constituer la garantie locative. Or, ce n’est qu’une fois l’appartement trouvé que l’on sait quel est le CPAS compétent pour fournir l’aide. Si ce CPAS n’intervient pas rapidement, l’appartement, lui, n’attendra pas…

Enfin, certaines administrations communales ne sont pas des plus diligentes pour fournir aux réfugiés les papiers qui attestent de leur nouveau statut.

Quatrième défi : faire face aux changements. Il faudra désormais se prendre complètement en charge et assumer une autonomie à laquelle on est mal préparé : s’inscrire à la mutuelle, gérer son budget, chercher du travail, une nouvelle école… Après plusieurs mois passés dans la structure d’accueil, les personnes ont souvent créé des liens sociaux qui leur sont devenus indispensables : pour soutenir les malades, pour la garde des enfants, pour les « parrainer » dans une école du coin… Le déménagement risque de rompre ces repères indispensables à la survie sociale, surtout si le nouveau logement est éloigné de la structure d’accueil.

Bien entendu, Une personne n’est pas l’autre. Chaque personne, seule, en couple ou en famille, rencontre ces difficultés avec une intensité différente. Cela varie en fonction du statut de séjour parfois précaire, de sa connaissance de la Belgique et d’une de ses langues nationales, de son réseau social, de sa santé physique ou mentale… ou tout simplement de la chance.

La pression qui accompagne aujourd’hui la sortie des structures d’accueil est indissociable de la crise qui frappe le système d’accueil dans son ensemble. Trop souvent avancée par FEDASIL comme une solution à cette crise, la « sortie » précipitée des personnes ayant obtenu un statut de séjour ne fait souvent que déplacer le problème. Lâchées dans la nature sans précautions, ces personnes restent exposées aux abus et à la précarité, ce qui menace de ce fait l’objectif même de la loi « Accueil » : leur permettre de mener une vie conforme à la dignité humaine.

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