Centres fermés: ces prisons qui ne portent pas leur nom

MOUNIR TAHRI Récit d’une lutte pour la liberté et les droits

Le 9 février 2018, Mounir Tahri, militant de la CSC, et Jiyed Cheikhe, artiste peintre, sont arrêtés suite à une descente de police dans les locaux de Globe Aroma. L’association y organise une fête à l’occasion du vernissage de l’exposition «Carte de visite», en plein centre de Bruxelles, où Jiyed exposait. Ce soir-là, Mounir et Jiyed sont embarqués et conduits le lendemain au centre fermé 127 bis de Steenokkerzeel. Ils y seront détenus pendant près de quatre mois.

Cet événement a secoué et scandalisé non seulement la CSC et le MOC, mais aussi la FGTB et tout le secteur associatif et culturel. Tous ensemble, nous nous sommes mobilisés pour qu’ils ne soient pas expulsés et soient libérés au plus vite. Les raisons de leur arrestation n’ont jamais été comprises. Par contre, nous savons que c’est la force de nos mobilisations collectives, très médiatisées, qui ont abouti à leur libération. À sa sortie, Mounir a été sollicité par différentes associations pour écrire ses “mémoires de centre fermé”, mais il a souhaité que ce soit Donatienne Coppieters, journaliste à la CSC, qui les rédige (voir page 7).

Ce projet voit le jour à travers cette publication originale: un outil d’information et de sensibilisation à la réalité des centres fermés, mais surtout à la réalité de ceux et celles qui s’y retrouvent enfermés, parmi lesquels des travailleurs exploités arrêtés suite à une inspection. Chaque article et chaque thématique sont illustrés par des extraits du témoignage de Mounir en centre fermé […].

Cette publication rend hommage à Mounir Tahri, travailleur sans papiers vivant depuis 18 ans en Belgique, comme représentant emblématique de ce que la politique du retour et de la détention peuvent amener en termes d’aggravation des conditions de travail et de vie des personnes sans papiers. Elle se veut un plaidoyer contre les centres fermés comme instrument d’une politique centrée sur l’expulsion, pour l’égalité de droit et la justice sociale, afin de permettre aux travailleurs et travailleuses de l’ombre de sortir d’une clandestinité qui leur est imposée et de vivre dignement […].

À l’aube des élections régionales, fédérales et européennes de 2024, nous osons l’optimisme de rêver à la volonté d’un gouvernement qui s’engage vis-à-vis de l’article premier de la Déclaration des droits humains: “Toutes les personnes sont égales en dignité et en droits”. On peut juger le niveau démocratique d’un pays à la manière dont il considère les personnes les plus vulnérables et précarisées en son sein. Or, à partir du moment où 1% des personnes sur notre territoire n’ont pas les mêmes droits, c’est l’ensemble de la société qui est en danger. Nous refusons de considérer des vies humaines comme “illégales”. Ce terme que même l’Union européenne n’ose employer, parlant plutôt de personnes en “situation irrégulière”, nous inquiète. En ce qui nous concerne, personne n’est illégal.

Cette publication a été éditée par la CSC Bruxelles, le MOC et le CIRÉ en décembre 2023.

PHOTO DE COUVERTURE : François Dvorak

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