Les temps heroïques

Témoignage d’Anne Roulet, assistante sociale à « Aide aux personnes déplacées »

« On parle de crise de l’accueil aujourd’hui, mais j’ai l’impression que cette crise dure depuis le début ! » Les mots d’Anne Roulet sont forts. Ils témoignent surtout de la longue expérience qu’elle a dans l’accueil des demandeurs d’asile et de toutes les difficultés qu’elle a pu rencontrer pendant sa carrière d’assistante sociale au sein de l’association « Aide aux personnes déplacées ».

« Au commencement, il y eut le home “Dominique Pire” à Braine-le-Comte, raconte-t-elle. Un home créé après la Seconde guerre mondiale pour accueillir des personnes déplacées. C’est là que seront hébergés, dans les années 60-70, et de manière sporadique, les premiers candidats réfugiés, fraîchement débarqués dans notre pays. Pendant de nombreuses années, une cohabitation heureuse se déroulera ainsi. »
« On avait formalisé un état de fait, poursuit Anne Roulet. En 1981, avec trois bénévoles, nous avons donc mis en place, en parallèle, la première maison d’accueil et de transit pour demandeurs d’asile. »

Anne Roulet évoque des « temps héroïques » en se rappelant les débuts de cette petite structure de 40 places. « C’est pour avoir connu cette époque que je sais que la crise de l’accueil ne remonte pas à hier. Pour mettre en place l’accueil des demandeurs d’asile, on est vraiment parti de rien, et de nulle part. »

Dès sa création, la maison d’accueil héberge les premiers « boat people » qui arrivent en Belgique et dont le sort a ému le monde. Plusieurs associations sont chargées de l’accompagnement social au sein de la maison. Des bénévoles se relaient pour y assurer une présence 24h/24.

Par la suite, l’État va progressivement se charger de l’accueil des demandeurs d’asile. « Pour en arriver à ça, on a connu des centaines « On parle de crise de l’accueil aujourd’hui, mais j’ai l’impression que cette crise dure depuis le début ! »de gens à la rue, la saturation de toutes les maisons d’accueil, et même des institutions pour sans-abris ! » À partir de la création du Petit-Château, la maison d’accueil Dominique Pire va recentrer ses activités sur l’accueil de personnes vulnérables : mineurs non accompagnés, femmes seules, réfugiés souffrant de problèmes psychiatriques, notamment de troubles liés à l’exil.

Trente ans plus tard, cette maison d’accueil a malheureusement été détruite par un incendie. La crise de l’accueil perdure et paraît sans issue. « Aujourd’hui, le monde s’emballe. Le dispositif d’accueil de l’État coûte beaucoup d’argent. Mais les institutions communautaires ne favorisent pas l’épanouissement des gens. Elles tendraient plutôt à casser leur punch et le potentiel qu’ils amènent avec eux. »
Dans l’accueil, dit-elle, « l’accompagnement social devrait être fondamental pour favoriser l’émancipation. Or, vu la crise et l’urgence, cet accompagnement social passe à la trappe… ».

 

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