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Le regroupement familial face à l’emploi

Brisons d’emblée un stéréotype : le « travail des migrants » n’est pas un concept monolithique, qui ne requerrait qu’une seule analyse. Les diverses portes d’entrée de la migration (migration économique, asile, regroupement familial, séjour illégal…) déterminent des approches différenciées qu’il faut encore affiner selon le genre et la région d’origine.

Concentrons encore le propos : quand on aborde les questions d’emploi et de migration, on cible rarement le regroupement familial. Pourtant, les personnes qui en sont issues constituent une catégorie très importante de migrants en Belgique, dont la position sur le marché de l’emploi n’est pas très favorable.

Sait-on que le regroupement familial a supplanté la migration de travail comme principale forme de migration dans notre pays ? Sait-on qu’il a entraîné, au fil des ans, une féminisation de l’immigration, particulièrement pour les flux originaires de l’Asie-Pacifique et l’Europe de l’Est, alors que l’on assiste au phénomène inverse pour la Turquie et le Maroc ? Il est indispensable d’élargir les termes du débat politique qui, jusqu’à ce jour, a été dominé par ceux qui veulent réduire le nombre de migrants admissibles par le regroupement familial.Ce sont là quelques-unes des données que la Fondation Roi Baudouin a choisi de réunir1 afin d’objectiver des réalités complexes et nuancées : la fragilité des personnes derrière les chiffres, les différences de genre, les spécificités turques et marocaines…Parallèlement, la Fondation a mené auprès d’acteurs de terrain un processus de consultation2 dont les résultats interpellent : la situation de dépendance vis-à-vis du conjoint (pour les femmes) ou du patron (pour les jeunes hommes), la difficulté d’accès au processus d’accueil et d’intégration, la longueur excessive de la procédure dans certains cas3

Ces démarches confirment qu’il est indispensable d’élargir les termes du débat politique qui, jusqu’à ce jour, a été dominé par ceux qui veulent réduire le nombre de migrants admissibles par le regroupement familial.

Pour cela, il faut continuer à approfondir nos connaissances en la matière, davantage se tourner vers le pays d’origine, mieux cerner le profil et les motivations des candidats (et de leur famille), ainsi que leurs attentes en matière d’emploi4.

Car ne nous y trompons pas : nous sommes bien là – parmi d’autres défis – dans une problématique de travail des migrants, ou plutôt, de non-emploi.

Les chiffres sont éloquents. Près de la moitié des migrants « regroupés » (venus rejoindre) est absente du marché de l’emploi, alors qu’un tiers seulement exerce une activité salariée et que 6% d’entre eux recherchent du travail. De leur côté, la moitié (49%) des « regroupants » (partenaires des migrants regroupés) exerce un emploi salarié. Près d’un quart d’entre eux sont demandeurs d’emploi et 14% sont absents du marché du travail.

Ici encore, nous avons besoin de recherches plus poussées sur les parcours professionnels de ces personnes, sur les démarches qu’elles ont entreprises, les refus qu’elles ont subis… Sans parler de la dimension de genre ! Globalement, 65% des femmes ne sont pas présentes sur le marché de l’emploi contre 33% des hommes. Les pouvoirs publics ne pourront plus longtemps mener des politiques d’accueil et d’intégration qui ne prendront pas en compte cette dimension : accès rapide à la langue, aux ressources associatives, à la connaissance des droits en matière d’égalité entre hommes et femmes dans notre pays…

Enfin, il faut se préoccuper de l’avenir des enfants. Car tout indique que les – nombreuses – familles issues du regroupement familial courent un plus grand risque de fragilisation sur le plan économique. Les études PISA ont mis en lumière les écarts de performances entre élèves issus de l’immigration et autochtones, en relation avec la pauvreté infantile. Les premiers accumulent des facteurs d’inégalité : par exemple, ils fréquentent moins que les autres les services d’accueil pour les 0-3 ans et les écoles maternelles.

Tout cela n’est pas de bon augure : dans l’état actuel des politiques, on ne peut pas attendre que les générations issues du regroupement fassent des bonds impressionnants en termes de mobilité sociale… 

Notes:
1  Le regroupement familial en Belgique : les chiffres derrière le mythe – Chiffres et tendances concernant l’afflux des conjoints migrants en Belgique. Profil socio-économique des intéressés, Fondation Roi Baudouin, 2011. Tous les documents de la Fondation sont téléchargeables sur www.kbs-frb.be et peuvent être commandés gratuitement à publi@kbs-frb.be.
2 Le regroupement familial en Belgique : la parole aux acteurs de terrain – Expériences d’acteurs concernés professionnellement ou personnellement par cette forme de migration, Fondation Roi Baudouin, 2011.
3 Le regroupement familial à la croisée des droits européen et belge, Fondation Roi Baudouin, 2011.
4 La Fondation a commandité une recherche, actuellement en cours, sur les flux entre la Turquie et la Belgique.
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