Le centre fermé de Vottem

Le centre pour illégaux de Vottem (CIV) a été construit à côté de la caserne militaire de Vottem, près de Liège. Il est opérationnel depuis mars 1999. Il dispose de 160 places. Environ 930 personnes y sont détenues chaque année.

Depuis 2003, Éric Wynants est visiteur au centre fermé de Vottem pour l’association « Point d’appui ». Ayant également travaillé en prison, il raconte qu’il n’a pas été « dépaysé » en arrivant à Vottem, la structure du centre fermé étant tout à fait carcérale. « Avant de pouvoir entrer dans la “section” où je vais rencontrer les détenus, il faut franchir sept grilles ! ». Parlant des conditions de détention, il précise qu’il s’agit pour lui d’un sujet accessoire, le propos fondamental étant l’existence même des centres fermés. Mais il souligne qu’en effet, l’administration fait tout pour qu’on n’ait rien à lui reprocher à Vottem, tant au niveau des infrastructures que de l’encadrement. Il parle notamment du comportement des employés du centre qui, dans leur majorité, font ce qu’ils peuvent pour rendre la détention la moins inhumaine possible, sans toutefois se poser trop de questions. Ainsi, les activités proposées par les éducateurs vont du puzzle au jardinage, en passant par la fabrication de colliers de perles… « Les détenus sont complètement infantilisés et les éducateurs, même s’ils sont de bonne volonté, ne se rendent pas du tout compte de ceVottem, c’est une prison, même si l’administration fait tout pour qu’on n’ait rien à lui reprocher…  qu’ils font et d’où ils sont. De toute façon, les gens à qui ce genre de boulot pose un cas de conscience s’en vont très vite ! ». Après sept ans de visites à Vottem, le sentiment le plus prégnant est celui d’une grande impuissance. Il raconte que beaucoup d’autres visiteurs n’ont pas résisté à cette sensation de ne rien pouvoir faire de réellement utile pour les détenus. « Nous sommes perçus par les détenus comme des sauveurs. Quand on arrive, on est souvent accueilli par “Ah, voilà les droits de l’Homme !”. Mais ils ne se rendent pas compte que le système affreux dans lequel ils sont coincés est inscrit dans la loi et qu’on ne va pas pouvoir les “sauver”. Leurs attentes sont donc déçues, ils nous demandent pourquoi on vient si on ne peut pas les tirer de là, et nous traitent parfois de voyeurs…». Éric retient aussi la souffrance générale qui se perçoit à l’intérieur du centre, due à la privation de liberté, à l’incertitude, au fait que, contrairement aux prisons, il n’y a pas de date de « fin de peine » en centre fermé. Deux moments, deux personnes l’ont particulièrement marqué. D’abord le choc de voir arriver des enfants dans le centre, début 2006. Il se souvient d’une petite fille d’environ trois ans, accrochée aux grilles de sa « section », et de ses parents effondrés dans leur cellule. Il se souvent aussi d’un Guinéen qui avait résisté à une troisième tentative d’expulsion. Il avait été envoyé directement à l’hôpital suite au tabassage subi dans les cachots de l’aéroport et en était revenu s’appuyant sur des béquilles…

Propos recueillis par Laurence Vanpaeschen

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