“L’incertitude nous ronge”

Laïla est originaire de Tchétchénie. Avant d’arriver en Belgique, elle est passée par la Pologne. Aujourd’hui, elle est reconnue réfugiée. Une chance que ne connaissent pas d’autres membres de sa famille qui attendent toujours une réponse à leur demande d’asile. Alors, pour les aider, Laïla les assiste dans leurs démarches et joue régulièrement les interprètes.

Vous avez obtenu assez rapidement votre statut de réfugié, mais des membres de votre famille connaissent des difficultés ?

Oui, ce n’est pas normal que certains Tchétchènes qui sont en danger aient du mal à obtenir leur statut de réfugié ou doivent attendre aussi longtemps avant d’être fixés sur leur sort. Il y a mes parents qui ont demandé l’asile en Pologne, il y a près de 2 ans. Puis, quand mon frère est arrivé en Belgique, ils sont venus le rejoindre ici. Mais leur situation n’est pas réglée, ils attendent toujours, leur procédure est longue. C’est la même chose avec ma belle-sœur. Elle est arrivée en 2007 et attend toujours qu’une décision soit prise. Mais elle, elle est venue directement, sans passer par la Pologne. Elle ne parle ni français ni néerlandais.
 
Vous parlez de votre belle-sœur qui est arrivée en Belgique il y a trois ans. Qu’est-ce qui est le plus difficile pour elle ?
 
L’attente… Ça fait trois ans qu’elle est ici mais rien ne bouge. Elle trouve que le centre ouvert où elle réside est sale et le fait de ne pas avoir un vrai logement est très difficile au quotidien. Cette situation la fragilise. De plus, elle a été séparée de sa famille, de ses sœurs. Au début, elle dormait dans un lit de fortune, dans un espace commun. Elle a voulu vivre à Ostende grâce au CPAS. Elle avait droit à une aide financière mais elle ne l’a jamais reçue. Le CPAS n’a pas payé même si on nous a dit que « ce que faisait le CPAS était illégal ». Alors elle n’a vécu là avec sa fille que quelques mois, entre deux centres ouverts. Ce qui est sûr, c’est qu’elle ne se sent pas bien à cause de l’incertitude. Le fait d’attendre une décision pendant trois ans, ça la ronge.
 
Quant à la procédure d’asile elle-même, comment se passe-t-elle ?
 
Pas très bien. Il y a d’abord les avocats pro deo qui, parfois, ont peu de conscience professionnelle. Ce qui pose de très gros problèmes dans la procédure, surtout quand on ne parle pas français. Son premier avocat était toujours occupé. Il nous disait toujours qu’il n’avait rien de nouveau pour nous. Il ne nous expliquait rien. Quand on a changé d’avocat, ce fût mieux dans un premier temps. Mais au bout d’un moment, j’ai aussi eu l’impression qu’il ne faisait rien pour ma belle-sœur. Du coup, cela rendait les interviews encore plus difficiles. L’interview, parlons-en. Elle a eu lieu en russe alors que ma belle-sœur ne parle pas bien le russe. Ces problèmes de communication ont certainement eu un impact sur la décision négative prise par le CGRA. Mais le pire pour elle a été d’accepter que les instances d’asile belges ne la croient pas. Le fait qu’on lui demande des preuves alors que les trois personnes avec qui elle a été prise en otage en Tchétchénie sont mortes depuis. 
 
Propos recueillis par  Cédric Vallet

 

Tchétchénie

Capitale: Grozny

Population: 1 103 686 habitants

Superficie: 15 500km2

Langue(s) officielle(s): russe, tchétchène

Statut politique: République, composante de la Fédération de Russie En novembre 1991, juste un mois avant la dislocation de l’Union soviétique, se forma la République de Tchétchénie, séparée de l’Ingouchie. Deux conflits majeurs armés éclatent entre le gouvernement fédéral (qui utilise l’armée russe, les forces spéciales du ministère de l’Intérieur, le service d’espionnage du FSB) et les groupes armés tchétchènes en 1994-1996 et en 1999-2009. Selon les données de différentes ONG, ces conflits auraient causé la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes et le déplacement de quelque 350 000 réfugiés (dont la majorité est revenue après la fin du conflit). Malgré « la fin officielle des hostilités », les exactions de part et d’autre continuent. Selon les organisations de défense des droits de l’Homme, 5000 disparitions forcées auraient eu lieu en Tchétchénie de 1999 à 2006, dont environ 200 ont été portées devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) comme celles qui auraient été commises par l’armée russe.

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