L’Europe des Roms

Le Conseil de l’Europe donne des chiffres relativement récents pour l’estimation de la population « Rom et Gens du voyage » en Europe (2009-2010) : 10 à 12 millions de Roms en Europe dont 6 172 000 dans l’Union européenne, soit 1,73% de la population totale. Ces chiffres sont des estimations, parce qu’il n’existe pas de recensement ethnique en Europe, que les populations roms ne se reconnaissent pas systématiquement comme telles, et parce qu’elles bougent d’un pays à un autre.

On notera que la majorité des Roms en Europe se localise dans les pays de l’Est et dans les Balkans, principalement en Serbie et en Macédoine (le « Romistan », en rouge sur la carte). Par ailleurs, la Turquie pourrait héberger, selon les sources, plus de 2 millions de Roms. La Roumanie (1,85 millions), la Bulgarie (750 000), l’Espagne (725 000), la Hongrie (700 000), la Slovaquie (500 000) et la France (400 000) sont les États de l’Union européenne où vivent le plus de Roms.

La majeure partie des Roms d’Europe centrale orientale est sédentaire. La sédentarisation de force menée au cours de l’histoire a été achevée par les régimes communistes. Contrairement aux idées reçues, la plupart d’entre eux vivent donc dans des logements fixes. Ceux qui se déplacent d’Europe de l’Est vers l’Europe de l’Ouest sont plutôt des Roms dits « migrants ». Les allers-retours qu’ils effectuent ne sont pas liés au nomadisme, mais plutôt à l’impossibilité qu’ils ont à se fixer sur un territoire, en raison des règles d’installation au sein de l’UE ou de leur interprétation par les États et du rejet qu’ils y subissent. S’ils choisissent parfois des habitats mobiles (caravanes), notamment sur les terrains aménagés pour les Gens du voyage, c’est en raison de la précarité de leur situation et non d’un mode vie nomade. En Europe occidentale vit néanmoins une petite minorité de Gens du voyage qui conservent un mode de vie nomade ou semi-nomade. Ils ne sont pas tous d’origine tsigane.

Les travaux réalisés depuis 40 ans par le Conseil de l’Europe, ainsi que par la Commission européenne et l’Agence européenne des droits fondamentaux, les rapports du PNUD ou de la Banque mondiale fournissent un certain nombre d’éléments sur l’exclusion sociale des « Roms et Gens du voyage » en Europe. Nous en relèverons quelques-uns.

L’espérance de vie des Roms en Europe centrale et orientale est estimée en moyenne à 10 années de moins que celle du reste de la population1. Le taux de mortalité infantile en Hongrie, Slovaquie et République tchèque est deux fois plus élevé que celui de la population majoritaire2. Selon le même rapport du PNUD, 25% d’entre eux vivent dans des cabanes et 55% n’auraient pas accès à des systèmes d’évacuation des eaux usées. L’accès à l’emploi et à la scolarisation sont également extrêmement restreints. À ce sujet, la Stratégie européenne d’action pour l’inclusion des Roms3 demande aux États membres d’inscrire dans leurs priorités l’objectif de « veiller à ce que chaque enfant rom achève au moins sa scolarité primaire ».

On assiste également à une inquiétante montée des discours anti-roms et des violences racistes, parfois impunis, notamment ces derniers temps, en Hongrie et en Bulgarie. Cet antitsiganisme se manifeste notamment par l’érection de « murs anti-roms » pour séparer les Roms des populations locales.

Les discriminations ont cours également en Europe occidentale, notamment autour de la question du contrôle des Gens du voyage, qui n’ont pas accès aux mêmes droits que les autres citoyens (droit de vote par exemple) et du manque de cohérence dans les législations régissant l’utilisation des terrains de stationnement. Les « Roms migrants » subissent également en Europe occidentale une stigmatisation croissante et de graves violations de leurs droits fondamentaux : expulsion des terrains et « Plan nomade »4 en Italie, expulsions massives de terrains et du territoire français avec une politique ciblée sur les Roms depuis 2007, montée des discours politiques anti-roms et des violences racistes. La Commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding, a fortement condamné en été 2010 les agissements du gouvernement français à l’encontre des Roms, menaçant la France d’une procédure devant la Cour de Justice de l’UE pour violation du droit européen sur la libre circulation des communautaires. Á l’heure actuelle, les expulsions sont loin d’avoir cessé. La loi française a été modifiée en juin 2011 pour créer de nouveaux fondements permettant d’expulser plus de Roms, toujours en violation des règles européennes sur la libre circulation et ce, cette fois, avec l’approbation de la Commission européenne5.

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