L’environnement, nouveau facteur de migration ?

Désertification, inondations, tremblements de terre…: nouvelles catastrophes, nouvelles migrations ? Peut-on parler de « réfugiés climatiques » ? Et Faut-il une législation particulière pour les prendre en compte ?

Les migrations liées à l’environnement sont loin d’être un phénomène nouveau : depuis l’Antiquité, de nombreux récits de catastrophes naturelles relatent déplacements, exodes et évacuations. Mais pendant longtemps, on a considéré que les seuls facteurs susceptibles d’entraîner des migrations – qu’elles soient volontaires ou forcées – étaient avant tout d’ordre politique ou économique.

Les « migrants de l’environnement » : émergence d’un concept
La relation entre les dégradations de l’environnement et les flux migratoires est mentionnée pour la première fois en 1985 dans un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP) qui s’intitulait sobrement Environmental Refugees. Mais ce n’est qu’avec la généralisation progressive des connaissances sur les menaces liées au changement climatique que le concept de « réfugiés climatiques » émergera auprès du grand public, En réalité, les facteurs environnementaux sont rarement isolés de leur contexte socio-économique. Ils se mêlent à d’autres facteurs économiques, politiques ou culturels pour déclencher la migration. Il est donc extrêmement difficile de séparer ces facteurs les uns des autres et de créer ainsi une catégorie distincte d’autres types de migrations.”des chercheurs et des responsables politiques.Au milieu des années 2000, une série de catastrophes dramatiques va définitivement ancrer l’idée que l’environnement est un facteur de plus en plus important de déplacement de populations. L’ouragan Katrina, qui s’abat sur la côte du Golfe du Mexique en août 2005 provoque le déplacement de plus d’un million de personnes en Louisiane et dans les États avoisinants. Avant cela, le tsunami qui ravage l’Asie du Sud-Est au lendemain de Noël 2004 et le tremblement de terre qui frappe le Cachemire en octobre 2005 déclenchent tous deux, fait jusque là rarissime, une opération majeure du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Et, dernièrement, le tremblement de terre en Haïti a montré une fois encore le lien entre catastrophes naturelles et déplacements de population.
Une question liée aux conséquences du changement climatique 
Aujourd’hui, les « migrants environnementaux » semblent incarner les premières victimes du réchauffement global. Les premiers cas de déplacements liés au changement climatique bénéficient d’un écho de plus en plus large dans les médias comme par exemple le cas de l’atoll de Tuvalu, dans l’Océan Pacifique Sud, menacé par la montée des eaux. Des estimations alarmistes quant au nombre de ces réfugiés commencent à circuler. L’Institut pour l’environnement et la sécurité humaine de l’Université des Nations unies, établi à Bonn, s’en tient au chiffre de 150 millions. En mai 2007, l’organisation non gouvernementale Christian Aid va même jusqu’à annoncer un milliard de « réfugiés environnementaux » à l’horizon 2050.
Ces chiffres, en réalité, reflètent simplement le nombre de personnes habitant dans les régions les plus exposées aux effets du changement climatique et singulièrement à la montée des eaux : régions deltaïques et côtières, petits États insulaires… Mais ils ne tiennent pas compte des efforts qui pourront être faits pour limiter l’ampleur du changement climatique, ni des mécanismes d’adaptation qui pourront être développés par les populations pour faire face à ces situations nouvelles.
Une catégorie particulière de migrants ?
Avec l’émergence du concept de « migrants environnementaux », la tentation est grande d’imaginer que ceux-ci puissent constituer une catégorie spécifique de migrants. En réalité, les facteurs environnementaux sont rarement isolés de leur contexte socio-économique. Ils se mêlent à d’autres facteurs économiques, politiques ou culturels pour déclencher la migration. Il est donc extrêmement difficile de séparer ces facteurs les uns des autres et de créer ainsi une catégorie distincte d’autres types de migrations.
De plus, les « migrants environnementaux » font partie d’un ensemble plus vaste, qui inclut tous ceux qui sont déplacés par des dégradations de leur environnement immédiat, quelles qu’elles soient : catastrophes naturelles, accidents industriels, phénomènes de désertification et de déforestation…
On distingue généralement trois types d’impacts du changement climatique susceptibles de provoquer des flux migratoires significatifs : l’intensité accrue des catastrophes naturelles, la hausse du niveau des mers et la raréfaction des ressources d’eau potable – aussi appelée « stress hydrique ». Ces trois types de changements ne produiront pas des migrations similaires et n’appellent pas des stratégies d’adaptation identiques.
lntensité accrue des catastrophes naturelles
Le changement climatique entraînera notamment une augmentation de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles : les inondations seront ainsi plus nombreuses, tandis que les ouragans seront plus violents. Au cours des dernières années, le nombre de catastrophes naturelles a déjà augmenté significativement, en premier lieu à cause de la plus grande vulnérabilité des populations exposées : une catastrophe n’est jamais purement naturelle, mais résulte de la rencontre entre un risque naturel et une population vulnérable. Les catastrophes naturelles affectent les pays du Sud de manière disproportionnée, et l’Asie est de loin le continent le plus touché. On a longtemps imaginé que les catastrophes naturelles ne provoquaient pas de flux migratoires à proprement parler, mais plutôt des déplacements temporaires de population. Depuis Katrina, on sait désormais que cette affirmation est fausse : un peu moins de la moitié de la population de La Nouvelle-Orléans n’est jamais revenue dans la ville. Contrairement à une idée reçue, les déplacements provoqués par les catastrophes naturelles n’offrent pas toujours la possibilité d’un retour dans la région d’origine.
Hausse du niveau des mers

Un autre impact du changement climatique sera la hausse du niveau des mers, provoquée à la fois par l’expansion thermique des océans et la fonte des calottes glaciaires. On estime ainsi que le niveau des océans montera d’environ un mètreCe sont bien les politiques qui seront mises en œuvre, et en particulier les politiques d’adaptation, qui détermineront l’ampleur et la nature des mouvements migratoires à venir. d’ici à la fin de ce siècle, même si des variations régionales se produiront. Les régions côtières et deltaïques comptent, comme on le sait, parmi les plus densément peuplées : de nombreuses métropoles y sont installées, et seront directement menacées d’inondation si des mesures d’adaptation ne sont pas prises (digues, restauration des littoraux, etc.). Les petits États insulaires sont également particulièrement vulnérables à toute hausse, même infime, du niveau des mers.

Stress hydrique
Enfin, le changement climatique se traduira aussi par une raréfaction des ressources en eau potable. Il s’agit sans nul doute d’un de ses impacts les moins directement visibles, mais parmi les plus dévastateurs. Cette raréfaction des ressources en eau résultera de trois facteurs concomitants. D’une part, les nappes phréatiques seront affectées par la hausse du niveau des océans puisque les réserves d’eau potable seront « contaminées » par l’eau de mer. D’autre part, la désertification s’intensifiera dans de nombreuses régions. Enfin, la fonte des glaciers aboutira à une diminution conséquente des ressources d’eau douce de la planète. Le tout provoquant ce que l’on appelle un stress hydrique. Les effets du stress hydrique sur les mouvements migratoires sont difficiles à prévoir. On peut néanmoins émettre l’hypothèse que des manques d’eau plus structurels et permanents pousseront les populations touchées à l’exil.
L’adaptation : variable déterminante des flux migratoires
Si la protection juridique de ces migrants reste, pour une large part, encore à construire, les différentes politiques d’adaptation s’imposent aujourd’hui comme la variable déterminante des flux migratoires à venir : transformation de l’habitat, diversification de l’économie, réorganisation des pratiques agricoles… L’adaptation, néanmoins, ne saurait être réservée exclusivement à la région d’origine : les migrations, surtout si elles sont soudaines et massives, entraînent en effet une pression démographique accrue sur les ressources de la région de destination.
On le voit, il est possible d’affirmer que l’environnement, aujourd’hui, représente un facteur croissant de migrations, et singulièrement de migrations forcées. Mais in fine, ce sont bien les politiques qui seront mises en œuvre, et en particulier les politiques d’adaptation, qui détermineront l’ampleur et la nature des mouvements migratoires à venir.
Enfin, ne l’oublions pas, ces migrations sont essentiellement des migrations internes, les migrations internationales constituant l’exception plutôt que la règle. Parce que les populations les plus vulnérables sont souvent incapables de fuir la dégradation de leur environnement, faute de ressources et de politiques migratoires adéquates.

“Ceci n’est pas un réfugié climatique”

Le vocable de « réfugiés environnementaux », ou de « réfugiés climatiques », est trompeur : les populations déplacées par des changements de l’environnement ne sont pas considérées comme des réfugiés, au sens de la Convention de Genève de 1951. Si les personnes qui se déplacent à l’intérieur de leur pays sont normalement couvertes par les principes directeurs relatifs aux déplacements internes, adoptés par les Nations unies en 1998, celles qui se déplacent à l’extérieur de leur pays ne sont, pour l’heure, couvertes par aucun statut juridique.

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