Journal de bord de 10 jours de crise de l’accueil

Entre fin novembre et mi-décembre 2010, plusieurs citoyens décident de se mobiliser pour venir en aide aux demandeurs d’asile qui se retrouvent à la rue. Christian Hovine fait partie de ceux-là. Avec ses connaissances et son réseau, il décide d’accueillir des demandeurs d’asile dans la salle paroissiale de son quartier. Arrêt sur images de 10 jours de crise figées dans son carnet de bord.

Mardi 07/12. Hier, vers 18h30, 22 demandeurs d’asile sont arrivés parmi nous. Ce sont 22 hommes de diverses nationalités : une dizaine d’Afghans et de Pakistanais ; une dizaine d’Africains de divers pays d’Afrique centrale et quelques Nord-Africains. Nous arrivons à communiquer en anglais et en français. J’ai l’impression que le déménagement n’a pas été facile pour eux… Je peux imaginer le stress qu’on éprouve lorsqu’on ne sait pas si le lieu où on arrive est mieux ou pire que le précédent…

Mercredi 08/12. Aujourd’hui, un médecin était attendu entre 14 et 16h. En deux temps trois mouvements, la scène de notre salle de fêtes a été transformée en cabinet de consultation improvisé. À la fin de notre réunion, nous avons eu la visite d’avocats qui ont un peu apaisé les angoisses des demandeurs d’asile en répondant à leurs nombreuses questions.

Jeudi 09/12. Ce midi, un des Afghans faisait beaucoup de température. Je l’ai conduit chez un ami médecin, qui le reçoit entre deux patients. Au retour, j’apprends qu’il doit se rendre à 15h30 au dispatching, d’où il sera redirigé vers un centre de la Croix-Rouge. Avant de partir, il est venu nous serrer la main une dernière fois. J’étais ému. Je me disais: «C’est le premier qui part».

Vendredi 10/12. À quelques jours de Noël, il nous a été demandé d’héberger un couple afghan dont la femme est enceinte de 7 mois et demi. Ils sont arrivés aujourd’hui, après 6 jours de voyage, mais l’Office des étrangers était fermé et leur demande d’asile n’a pas pu être enregistrée. Nous nous sommes dits qu’il ne fallait pas loger cette femme enceinte avec tous les hommes, et nous avons débarrassé un petit salon à la cure pour l’y installer avec son mari.

Samedi 11 et dimanche 12/12. Pour nos hôtes, le week-end a été mouvementé. Les matelas montent et descendent au rythme de l’occupation des salles louées sous l’église : les deux pièces annexes à l’église ont été converties en dortoirs. Ce soir, très beaux échanges après le souper… Asam, elle-même Iranienne, a accompagné plusieurs demandeurs d’asile chez leur avocat en tant que traductrice. Elle nous raconte que l’un d’eux a passé 15 ans dans les prisons irakiennes avant de pouvoir entrer en contact avec sa famille, qui le croyait mort… Cet homme a déclaré tout à l’heure : « Aujourd’hui est le premier jour de ma vie »…  Impressionnant !

Lundi 13/12. Départ de plusieurs demandeurs d’asile vers différents centres. L’un d’entre eux était étonné d’être envoyé dans un centre lointain, mais cela s’explique par le fait qu’il s’agit d’un petit centre, bien mieux adapté qu’un gros à sa demande d’un endroit calme. Après tout ce qu’ont vécu certains d’entre eux, trouver un endroit où ils ne doivent plus être sur la défensive 24h/24 est une demande bien légitime !

Mardi 14/12. Nous avons eu la visite de Dominique Decoux, la présidente du CPAS, qui nous soutient efficacement depuis le début de l’accueil… Pas une visite protocolaire, alors pas du tout, mais une prise de contact chaleureuse, tant avec les demandeurs d’asile qu’avec l’équipe qui les encadre. Pendant le repas, on m’appelle pour un demandeur d’asile iranien qui ne se sent pas bien : il a si mal à la tête qu’il n’y voit plus rien. Le médecin l’envoie aux urgences pour des examens complémentaires.

Mercredi 15/12. Comment s’occupent nos hôtes en attendant leur départ vers les centres de la Croix-Rouge ? Certains jouent aux cartes, aux dames, aux échecs, d’autres font la cuisine, certains font la vaisselle ou nettoient le sol. Mais je garderai longtemps en mémoire l’image de ce groupe d’Afghans écoutant une musique typique de leur pays sur un GSM. Sur l’écran du GSM, on voyait un clip tourné chez eux. Comme quoi, ils gardent la nostalgie de leur pays, même quand ils le fuient… Ils me disent qu’une de leurs chansons parle d’enfants qui ont été mitraillés. Ça ne doit pas être facile ce qui se passe dans leur tête…

Jeudi 16/12. Aujourd’hui, le car est venu chercher vers 16h30 tous les demandeurs d’asile restants. François, le responsable Croix-Rouge, tenait à ce qu’on embarque vite : les conditions météo étaient infectes. Elles ne pouvaient qu’empirer au fil des heures. Le car partait pour Bastogne et il fallait arriver avant que la route ne devienne impraticable… Ce qui fait que les embrassades furent courtes… Et je repensais au « Petit Prince »: « Adieu, dit le Renard, voici mon secret, on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Ce temps d’accueil aura été une formidable expérience pour nous tous… Un moment où nous avons pu trouver des soutiens et des encouragements de tous côtés… Le monde ne tourne pas rond, mais il s’y passe pourtant de si belles choses… 

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