Jacqueline Galant (MR) : “Pour moi nous aurions pu aller plus loin”

Au moment des discussions politiques sur les réformes du Code de la nationalité, on a beaucoup vu Jacqueline Galant dans les médias. Manifestement, il était important pour elle et pour son parti de se positionner sur cette question. Des débats qui ont été l’occasion pour le MR de redire que « l’intégration est un échec ».

Pour vous, la Belgique accordait trop généreusement la nationalité avec la loi de 2000 ?
N’ayons pas peur des mots, nous étions beaucoup trop laxistes. Non seulement les critères d’acquisition étaient beaucoup trop souples mais il y avait aussi de gros soucis avec la procédure de naturalisation à la Chambre où il fallait à peine 3 ans de résidence et aucun critère d’intégration pour devenir Belge.

Mais pourtant il y avait bien des critères internes que la Commission naturalisation s’est fixés, notamment des critères d’intégration ?
La Commission naturalisation a fixé elle-même des critères d’examen des dossiers : le critère de résidence en Belgique au moment de la demande, la connaissance d’une des langues nationales, la durée minimum de cohabitation légale. Mais il s’agissait de critères internes à la Commission. Aujourd’hui, nous les avons coulés dans la loi. La Commission naturalisation, c’était du grand n’importe quoi ! Il reste encore aujourd’hui 40 000 dossiers en attente de traitement toujours sous l’ancienne loi. Énormément de personnes sont passées par cette procédure parce qu’elles pensaient que c’était plus facile. Sans compter ceux qui faisaient leur « marché » c’est-à-dire les personnes qui tentaient leur chance via la déclaration de nationalité et si ça ne fonctionnait pas essayaient via la Commission naturalisation de la Chambre.

Vous dites qu’il y a eu beaucoup trop d’abus ?
À la Commission naturalisation, je ne vous raconte pas le nombre de dossiers où je me suis demandée comment ils ont pu arriver sur la table des parlementaires. En fait il n’y avait aucun filtre. Par exemple, nous étions obligés d’examiner le dossier de personnes qui parfois avaient commis des faits très graves.

Il y avait un problème avec les avis rendus par les parquets ?
Dans certains cas, les avis dataient mais le problème concernait surtout les divergences d’approche entre les parquets. Les analyses effectuées n’étaient pas les mêmes pour tous les parquets. Selon les parquets, dans certains cas l’avis était positif, dans d’autres il était négatif. Et ça, les requérants le savaient aussi. Certains n’ont pas hésité à déménager pour changer d’arrondissement judiciaire.

Toutes les analyses sont là pour démontrer que l’intégration et l’immigration sont un échec. On n’a pas mis assez de balises, pas assez de conditions d’intégration…

La nationalité était-elle devenue un canal migratoire ?
Oui, et c’est pour ça que nous avons mis en place toutes ces réformes. On a vraiment tout cadenassé : la politique d’asile, la loi sur le regroupement familial, les mariages de complaisance et finalement la nationalité. L’objectif était que les personnes qui entrent dans les critères puissent rester. Mais que celles qui ne le sont pas repartent. Il fallait limiter « l’effet d’appel d’air » parce qu’à un moment on a laissé penser que la Belgique était un eldorado.

Sauf qu’ici on parle de personnes qui résident déjà légalement sur le territoire depuis plusieurs années… À côté des abus, vous pointiez surtout l’absence d’intégration dans certains dossiers ?
Pour certaines personnes, c’est normal de devenir belge. Elles estiment qu’on n’a pas à leur poser de questions. Je ne veux pas généraliser mais dans certains cas, c’est comme ça. Avec la réforme, on demande aux personnes d’apporter les preuves de leur intégration. En Flandre, il y a l’inburgering mais à Bruxelles et en Wallonie, il n’y a toujours rien malgré les demandes et propositions de mon parti. C’est pour ça qu’on a mis dans la loi la nécessité de prouver son intégration sociale et son intégration économique. Pour moi, la nationalité, ça ne se brade pas !

En mettant des critères préalables à l’intégration, le risque n’est-il pas de créer des citoyens de seconde catégorie au sens où ils n’ont pas les mêmes droits ?
Non, je ne suis pas d’accord. Si ça n’avait tenu qu’à moi, je serais allée encore plus loin dans les critères. Je voulais une période plus longue de résidence. Je n’étais pas pour la procédure courte. Je trouvais que 7 ans c’était un minimum. Parce qu’il faut que les personnes fassent vraiment l’effort de s’intégrer en Belgique pour avoir accès à la nationalité. Elles doivent montrer qu’elles sont prêtes à travailler, apprendre un minimum notre culture, s’intégrer à la communauté d’accueil, vivre avec la population locale et ne pas rester dans leur coin ou vivre en vase-clos. Parce que c’est là qu’il y a des dérives d’intégrisme, d’extrémisme et de radicalisme.

Est-ce que la présence de la N-VA au nord du pays a influencé les discussions ?
Tous les partis du nord du pays, de gauche comme de droite (excepté Groen) ont toujours été très favorables à cette loi. Mais on était le seul parti francophone à porter cette loi à 100%. À la limite, on a dû faire des concessions à cause du PS. Nous étions vraiment sur la même longueur d’onde que les néerlandophones. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si c’est l’Open VLD qui est à l’origine de tous ces projets de loi : nationalité, regroupement familial, mariage de complaisance…

Vous avez dit aussi avoir la volonté de tout cadenasser pour sortir du laxisme ? Quels sont les dangers pour vous ?
Il suffit de regarder la population de Bruxelles dans certains quartiers… On voit les conséquences d’avoir trop laissé faire. Il y a certains quartiers où on ne parle même plus de mixité. C’est un échec, on ne peut même plus parler d’un mélange entre Belges et personnes d’origine étrangère. Il n’y a plus que des personnes d’origine étrangère. Pour nous ça pose un problème culturel, identitaire et de sécurité. Toutes les analyses sont là pour démontrer que l’intégration et l’immigration sont un échec. On n’a pas mis assez de balises, pas assez de conditions et une fois sur le territoire, il n’y a pas eu d’intégration. Je vois ça aussi dans ma commune par exemple où j’ai des ILA1. Ces gens ne veulent absolument pas s’intégrer !

Oui mais là encore, on parle de tout autre chose. Il s’agit de demandeurs d’asile en procédure qui ne savent pas s’ils vont pouvoir rester en Belgique…
Ces demandeurs d’asile viennent ici, ils reçoivent un logement. En plus ils ont des villas 4 façades parce que c’est une commune privilégiée – et ça crée des tensions avec le reste de la population-, ils sont nourris-logés-blanchis… Mais ils n’ont aucun contact avec la population alors qu’elle leur tend la main. Manifestement, ça ne les intéresse pas. Ils ont la possibilité d’apprendre la langue mais ils ne le demandent jamais. Quand on fait des activités avec eux, à la limite, ça les embête plus qu’autre chose… Ils viennent chercher tous leurs avantages… Personnellement, je trouve qu’il y a un minimum à faire de leur côté quand même.

Et là vous parlez de combien de personnes ?
Il y a 9 familles, environ 50 personnes…

Propos recueillis par François Corbiau

1 Initiatives locales d’accueil pour demandeurs d’asile. Voir le numéro 4 de migrations|magazine sur l’accueil des demandeurs d’asile en Belgique.

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