Le centre fermé INAD

Le centre INAD (pour “INADmissibles”) est situé dans des locaux de la zone de transit de l’aéroport de Bruxelles-National et fonctionne depuis mars 1995. Il dispose de 30 places. Environ 2.000 personnes y sont détenues chaque année.

Caroline Stainier et Katleen Goris travaillent au département “Migrations” du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR). Dans ce cadre, elles sont visiteuses en centres fermés depuis respectivement quatre et deux ans. Si elles ont connu tous les centres fermés, elles se consacrent depuis 2009 prioritairement aux centres INAD, le CECLR étant la seule organisation accréditée pour accéder à ces lieux très particuliers. Il en existe dans les six aéroports belges qui se situent à une frontière Schengen (soit à Deurne, Ostende, Wevelgem, Bierset, Gosselies et Zaventem). Si elles s’y rendent le plus régulièrement possible, leur action Une sensation d’irréel, le sentiment de flotter dans un autre espace et dans un autre temps en plein aéroport…  se centre principalement sur celui de Zaventem où sont détenues le plus de personnes refoulées.& Toutes deux racontent que ce qu’elles ont ressenti lors de leur première visite se renouvelle à chacun de leur passage à l’INAD de Zaventem: la sensation de flotter dans l’irréel, de se trouver dans un autre espace et dans un autre temps. Les locaux de l’INAD se trouvent à l’intérieur de l’aéroport, dans le bâtiment des arrivées hors Union européenne, au bout d’un immense couloir qu’il faut remonter à contre-courant du flux des voyageurs. L’irréalité des lieux est confirmée par le fait que peu d’employés de l’aéroport connaissent leur existence.

La première fois que Caroline s’y est rendue, elle a erré jusqu’à rencontrer un membre de la police des frontières qui lui a finalement indiqué “la porte en verre très moche, là, tout au bout”. Cette porte en verre s’ouvre sur un lieu tout aussi improbable, exigu, constitué de six pièces rendues paradoxalement très lumineuses par d’immenses vitres plongeant sur les pistes. Les “occupants” sont généralement peu nombreux, en général pas plus de six détenus à la fois, et deux ou trois agents de sécurité de l’Office des étrangers. La capacité déclarée est de trente personnes, mais, selon les deux visiteuses, la promiscuité serait dans ce cas inimaginable. En mai dernier, dix-sept Chinois ont été arrêtés en même temps, le centre était déjà surpeuplé…
 
Les conditions de détention sont matériellement difficiles: l’exiguïté des lieux est aggravée par le fait que les détenus n’en sortent que pour reprendre un avion (ou pour être transférés au centre 127 s’ils demandent l’asile ou, encore, mais beaucoup plus rarement, pour entrer sur le territoire belge), qu’aucune fenêtre ne s’ouvre et que l’air n’y circule que via la climatisation. Le sentiment d’incompréhension et d’injustice totales ressenti par les détenus est très prégnant. Beaucoup d’entre eux avaient un visa et sont refoulés parce qu’à la suite du contrôle de la police à la frontière, l’Office des étrangers a estimé que, sans invitation écrite ou réservation d’hôtel, les motifs de leur séjour n’étaient pas clairs…
 
Des enfants sont toujours détenus dans les centres INAD: entre mai et juin, une quinzaine de familles sont passées dans celui de Zaventem.
 
Caroline et Katleen reconnaissent que, pourtant, l’INAD de Zaventem est sans doute le centre fermé où l’ambiance est la moins carcérale. Les gardiens n’ont pas d’uniforme et font, disent-elles, tout ce qu’ils peuvent pour aider les détenus. Les tensions sont réglées par la discussion et non par la répression directe. Ainsi, il n’y a pas de cellule d’isolement. “Une des choses qui frappent le plus dans ce centre, conclut Katleen, c’est qu’on s’y rend vraiment compte que ça peut arriver à tout le monde de se faire refouler, d’être déclaré pas en règle, même sans le savoir…”

Propos recueillis par Laurence Vanpaeschen

 

 
 
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