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Ervin, 20 ans et Rom de Macédoine

Ervin a grandi en Macédoine, à Sutka, appelé ironiquement le « Petit Paris », un quartier rom de 40 000 habitants en périphérie de Skopje. Là, il est allé à l’école pendant six ans, une école avec des professeurs macédoniens chrétiens qui enseignaient en cyrillique, mais où il n’y avait que des enfants roms.

Sa famille a ensuite rejoint Bruxelles, où une petite communauté rom de Macédoine est implantée depuis les années 1960. Sa dernière année de primaire, il l’a suivie à Saint-Josse en « classe passerelle », une classe d’accueil pour les primo-arrivants. Puis, il a fait une seconde professionnelle et a poursuivi jusqu’en 5ème année. Il a suivi une formation en alternance (CEFA) pour obtenir un certificat d’aide-vendeur..Quand je vois que les gitans sont montrés du doigt, ça me fait mal, mais je ne dis rien. Il ne lui restait qu’un an à faire en gestion et comptabilité pour ouvrir son commerce, mais il a arrêté sa formation en 2007 pour commencer à travailler. Ervin a aujourd’hui une carte de résident de cinq ansIl a acquis une bonne expérience professionnelle : vendeur stagiaire chez DOD, serveur chez NH City Center, un hôtel où travaillait son oncle, manutentionnaire dans une usine L’Oreal et, depuis un an, boulanger-pâtissier chez Panos. Il n’a jamais eu de difficultés à trouver du travail, notamment grâce à une agence d’intérim où il est inscrit.

Ervin ne dit pas qu’il est Rom, même s’il en est fier. Ça fait partie de la sphère intime, pas de sa vie professionnelle : « Je ne dis pas que je suis Rom, ça serait mal perçu et ça ne concerne personne, c’est du privé. C’est dommage en même temps, parce que j’en suis fier ! » Il ajoute : « Les Roms roumains nous portent préjudice parce qu’ils donnent une mauvaise image de la communauté en mendiant. Il y a des Roms plus civilisés que d’autres… En même temps, quand je vois que les gitans sont montrés du doigt, ça me fait mal, mais je ne dis rien ».

Sa fiancée, Sara, est aussi Rom. Née en Belgique, pour elle c’est différent. Elle parle plus facilement de ses origines mais pense, par contre, que ces Roms pauvres qui mendient ne sont pas à plaindre. « Et leurs dents en or, ils n’ont qu’à les vendre ! Ces gens sont fainéants et nuisent à notre image ». Aujourd’hui elle ne travaille pas, bien qu’elle ait commencé un une formation CEFA en coiffure. Elle s’occupe de Serdje, leur petite fille de dix-huit mois. 

Le jeune papa, qui a largement tatoué le prénom de sa fille sur son avant-bras, est donc en charge de toute la famille, logée dans un appartement modeste mais confortable de Laeken. La Macédoine, ils y vont en vacances, dans la famille. C’est aussi là qu’Ervin voudrait retourner quand il aura 50 ans. Sara, elle, n’est pas sûre d’avoir le même rêve. Pour elle, l’important serait de marier sa fille « à la gitane » avec tout le rituel dont elle a été privée.

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