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En Europe et ailleurs : tour d’horizon

Comment organise-t-on ailleurs les migrations du travail ? En Europe : Espagne, Italie, Suède et République tchèque. Et hors d’Europe : Argentine, Australie, Canada, États‑Unis et Nouvelle-Zélande ?

Chiffres

La population totale des pays considérés va de 4 400 000 pour la Nouvelle-Zélande à 301 500 000 pour les États-Unis en passant par 9 000 000 (Suède), 10 500 000 (République tchèque), 22 000 0000 (Australie) 34 000 000 (Canada), 40 000 000 (Argentine), 47 000 000 (Espagne) et 60 000 000 (Italie). La proportion de personnes nées à l’étranger y est respectivement de 3,8% en République tchèque (provenant surtout d’Ukraine, de Slovaquie et du Vietnam), 4% en Argentine (provenant surtout des pays limitrophes), 8% en Italie (provenant surtout de Roumanie, d’Albanie, du Maroc et de Chine), 12% aux États-Unis (provenant pour la moitié d’Amérique latine et pour un quart d’Asie), 14% en Espagne (provenant surtout du Maroc, d’Équateur, de Roumanie et de Colombie), 20% en Nouvelle-Zélande (provenant surtout de Grande-Bretagne, de Chine, d’Australie, d’Allemagne et des États-Unis), 20% au Canada et 27% en Australie (provenant surtout de Grande-Bretagne, d’Inde et de Chine).

Politiques

Les États exigent généralement du travailleur étranger qu’il dispose d’un permis de travail. Ils appliquent une procédure visant à s’assurer que l’employeur n’a pas pu trouver un candidat national, ou communautaire dans le cas des États membres de l’UE. La Suède fait exception, dans la mesure où il n’y a pas d’enquête du marché du travail.

Les pays d’immigration se concentrent principalement sur la migration qualifiée. Le Canada, par exemple, a mis en place un système de sélection par points. L’Australie établit une liste des métiers qualifiés sur laquelle elle se base pour la sélection des travailleurs migrants qualifiés, salariés ou non, et a également recours à des tests à points. En Australie et en Nouvelle-Zélande notamment, l’admission des travailleurs migrants qualifiés est liée à la forte probabilité de trouver rapidement un emploi et non à la demande d’un employeur. La Suède, elle, applique la même procédure et les mêmes critères à tous les secteurs économiques, à tous les métiers et à tous les niveaux de qualification, procédure dont l’élément central est une offre ferme d’embauche signée par l’employeur et par le syndicat concerné, donnant droit à un permis de travail d’une durée maximale de deux ans renouvelable.

Plusieurs pays disposent également de programmes de travail saisonnier. Un tel programme lie le Canada, le Mexique et certains pays des Caraïbes. Le recrutement est assuré par les gouvernements. L’employeur doit fournir un logement gratuit conforme aux normes provinciales et payer un salaire au moins égal au salaire le plus élevé parmi les trois taux suivants : salaire minimal provincial, salaire en vigueur selon le gouvernement canadien, salaire que l’employeur paie à des Canadiens pour effectuer le même genre de travail. Un autre programme lie l’Australie à Kiribati, à la Papouasie Nouvelle-Guinée, à Tonga et à Vanuatu. En Nouvelle-Zélande, le travail saisonnier n’est pas réservé aux ressortissants de certains pays mais ne peut se faire qu’en agriculture et viticulture. La loi italienne ne prévoit aucune restriction ni en termes de pays d’origine des travailleurs saisonniers ni en termes de secteur d’activité. Il en va de même en Espagne. La procédure italienne comprend trois temps clés : introduction de la demande par l’employeur, admission au séjour, signature du contrat de travail. Un rapport de l’OIM-Italie1 met en évidence le fait que cette procédure est souvent utilisée de manière frauduleuse : un employeur se fait payer, parfois jusque 8000 €, par l’étranger pour introduire une demande. Quand l’étranger est autorisé à entrer sur le territoire italien, l’employeur ne signe pas le contrat de travail. L’étranger se retrouve très vite sans permis de séjour ni permis de travail. En 2009, 30 000 étrangers se seraient trouvés dans cette situation.

En outre, plusieurs pays font partie de zones de libre circulation des travailleurs. C’est le cas, bien sûr, de la République tchèque, de l’Italie, de l’Espagne et de la Suède, membres de l’Union européenne. Mais également de l’Argentine liée depuis 2002 aux autres membres du Mercosur (Brésil, Paraguay, Uruguay), ainsi qu’au Chili et à la Bolivie, par un accord de libre circulation suivant lequel tout citoyen des pays cités a le droit de résider et de travailler dans n’importe lequel de ces pays.

Éléments d’analyse

Selon un rapport du Gouvernement espagnol2, le nombre d’étrangers en Espagne est passé de 900 000 pour l’année 2000, à près de 4 millions en 2006. Le taux d’activité (population en âge de travailler/population totale) et le taux d’emploi (population effectivement au travail/population en âge de travailler) des étrangers sont significativement plus élevés que ceux des Espagnols. L’immigration a eu un effet nul sur la productivité, positif et croissant sur le taux d’emploi et a, au total, accru le PIB/habitant de 3% entre 1996 et 2005. Si on y ajoute son effet sur la croissance démographique, l’immigration est à la base de près de 30% de la croissance du PIB espagnol entre 1995 et 2005, effet passant au- delà des 50% entre 2000 et 2005. Le secteur de l’aide ménagère occupe un grand nombre d’étrangers. Cela a accru significativement le taux d’activité des Espagnols (et surtout des Espagnoles). La migration pousse le chômage structurel à la baisse au prix d’une flexibilisation du marché du travail et d’une modération de la croissance des salaires réels. Les étrangers contribuent plus au budget de l’État qu’ils ne contribuent aux dépenses (en ce compris les prestations sociales). Selon une autre étude officielle3, la crise économique a provoqué une baisse des flux migratoires entrants et une forte hausse du chômage du fait que l’économie espagnole est fortement basée sur des secteurs à haute intensité de main d’œuvre. Les pertes et détériorations d’emploi ont touché, en moyenne, autant les Espagnols que les étrangers. Cependant, certaines communautés – notamment les Marocains et les Équatoriens – ont particulièrement été touchées. Le secteur le plus touché a été celui de la construction. De même, ce sont les travailleurs peu ou moyennement qualifiés qui ont le plus pâti de la crise.

Une étude italienne4 note que la baisse des flux migratoires due à la crise économique, constatée dans plusieurs pays de l’UE, est explicable en partie par les mesures mises en place dans plusieurs pays – dont l’Espagne et l’Italie – visant à limiter l’immigration économique. Près de 40% des étrangers en séjour légal en Italie ont obtenu leur permis de séjour lors de campagnes de régularisation. Les dernières d’entre elles, et surtout celle de 2009, ont particulièrement concerné les services aux personnes. Durant la crise économique, l’Italie a connu simultanément une baisse de l’occupation des Italiens, principalement dans l’industrie du Sud, et une augmentation de l’occupation des étrangères, surtout dans l’aide aux personnes dans le Nord. Le marché du travail italien tend à se dualiser, les étrangers étant de plus en plus confinés dans les fonctions peu ou pas qualifiées.

Une étude5 portant sur l’Argentine met en évidence la concentration des migrants à et autour de Buenos Aires (60% des migrants contre 30% de la population argentine), leur concentration dans des fonctions manuelles, instables et mal payées, principalement dans les services domestiques (femmes) et la construction (hommes). Cette étude relève également le caractère complémentaire – et non compétitif – des mains-d’œuvre étrangère et nationale. Elle relève enfin une plus grande insertion sur le marché du travail, les migrants venant principalement pour travailler.

Sources : sites web des services officiels de statistiques des pays considérés, Eurostat.
Notes:
1  OIM Italia, Stagione amara, Rapporto sul sistema di ingresso per lavoro stagionale e sulle condizioni dei migranti impeigati in agricoltura in Campania, Puglia e Sicilia Dicembre 2010.
2 Miguel Sebastián, Oficina Económica del Presidente del Gobierno, Inmigración y economía española : 1996-2006, 2006.
3 Miguel Pajares, Observatorio permanente de la inmigración, Ministerio de trabajo e Inmigración, Inmigración y mercado de trabajo. Informe 2009.
4 Paolo Feltrin (dir.), L’immigrazione per lavoro in Italia: evoluzione e prospettive. Rapporto 2011, Ministero Del Lavoro e delle Politiche Sociali, Direzione Generale dell’Immigrazione.
5 María Inés Pacecca, Corina Courtis, Inmigración contemporánea en Argentina : dinámicas y políticas, CEPAL, 2008.
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