Dumping social: la course au précipice

Fragmentation des chaînes de production, stratégie de (dé)localisation des firmes transnationales et réduction des charges sociales et patronales font partie des ressorts du dumping social.

Alors que, jusqu’au milieu des années 1980, le commerce mondial s’expliquait essentiellement par les échanges entre pays, aujourd’hui, près de 80% des échanges commerciaux concernent des échanges de biens intermédiaires et de composants industriels entre les maillons d’une même chaîne de production.

1. Des produits « Made in Monde »

Les produits de la vie quotidienne doivent désormais être étiquetés « Made in Monde » (voir bonus). Que ce soit la fabrication d’un ordinateur, d’une automobile, d’un vêtement ou d’un plat préparé, la logique est toujours la même : les différents composants du produit, originaires de divers endroits dans le monde, sont acheminés dans le lieu où ils sont assemblés puis exportés vers les marchés de consommation. La production d’un bien est donc désormais le fruit de réseaux complexes reliant maisons-mères, filiales, sous-traitants et fournisseurs répartis aux quatre coins du monde.

En fragmentant les chaînes de production et en répartissant chaque maillon entre différents fournisseurs situés dans différents territoires, la traçabilité des produits « Made in Monde » est rendue de plus en plus complexe, entraînant un manque de transparence en matière de respect des normes sociales et environnementales. Aujourd’hui, un consommateur ne peut pas vérifier si les droits sociaux ont été respectés tout au long de la chaîne de production du bien qu’il consomme.

2. L’arme du chantage à l’emploi

Les stratégies de localisation des firmes transnationales ont été motivées par les stratégies financières des sociétés privées qui en ont pris le contrôle avec des participations dans leur capital coté en Bourse. L’objectif de ces actionnaires est la rentabilité financière, mesurée par le « retour sur fonds propres » dont la norme a été fixée à 15% à partir des années 1990. Résultat : ces normes de rentabilité excessives conduisent les chefs d’entreprise à implanter leurs activités partout où ils peuvent trouver une main-d’œuvre moins onéreuse.

Les firmes transnationales développent des stratégies globales de localisation, alors que les gouvernements et les syndicats restent largement cantonnés dans des stratégies nationales.

Ainsi incitées par leurs actionnaires à garantir des rendements financiers élevés à court terme, les firmes transnationales bénéficient du changement d’échelle de la mondialisation. Elles développent des stratégies globales de localisation, alors que les gouvernements et les syndicats restent largement cantonnés dans des stratégies nationales. Cela leur permet de mettre les gouvernements et les organisations de travailleurs en concurrence et d’acquérir un avantage en termes de négociations par le biais du « chantage à l’emploi ». Les firmes disposent dans ce but de la capacité de délocaliser pour les inciter à accepter une réduction des normes sociales et salariales : « Ou vous acceptez mes conditions, ou je délocalise dans un endroit plus compétitif » !

3. Réduction des normes sociales et salariales

Le refrain est désormais connu : réduire les charges sociales et salariales augmente la compétitivité et crée donc des emplois. Suivant ce discours, tous les gouvernements du monde s’appliquent à diminuer les coûts du travail pour attirer les investissements et les emplois. Or ces derniers se font généralement attendre. Pourquoi ? D’une part, parce qu’au lieu d’investir les moyens dégagés dans la création d’emplois, nombre d’entreprises les reversent à leurs actionnaires. D’autre part, si réduire les coûts du travail peut augmenter la compétitivité d’un pays, encore faut-il que les pays voisins ne fassent pas de même. Or ils agissent tous selon la même logique. Finalement, si tous les gouvernements réduisent leurs coûts de concert, aucun ne voit sa compétitivité et ses emplois augmenter. Par contre, tous verront leur modèle social être progressivement détricoté.

La solution à ce problème est simple en théorie : il suffit d’imposer à toutes les firmes du monde des normes sociales minimales en vue de mettre des limites à la course à la compétitivité. Le problème est qu’une telle solution implique un accord de tous les gouvernements du monde. L’obstacle majeur est donc politique. Le contourner implique que les gouvernements passent d’une logique de compétition à une logique de coopération.

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