Dumping social: le syndrome du Tour de France

Entre le milieu des années 1980 et la fin des années 1990, l’économie mondiale a opéré une triple mutation qui a transformé la géographie de la production mondiale. La pression engendrée par la concurrence internationale incite ainsi les gouvernements du Nord et du Sud à durcir les conditions de travail, dans l’espoir d’être plus compétitifs et d’attirer ou de maintenir des sites de production.

Premièrement, les politiques de libéralisation financière et commerciale ont octroyé aux entreprises une plus grande liberté de circulation des capitaux, des biens et des services. Deuxièmement, la main-d’œuvre disponible sur le marché mondial du travail a doublé. L’arrivée de 1,5 milliard de travailleurs supplémentaires issus des économies jusque-là fermées de l’ex-URSS et de pays émergents comme l’Inde et la Chine a permis aux firmes transnationales de disposer d’une abondante main-d’œuvre à faible coût. Troisièmement, le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) a provoqué une véritable révolution technologique qui donne la possibilité aux firmes transnationales de séparer géographiquement les différentes étapes
de la production.

Cette triple mutation a favorisé la décomposition internationale des processus de production provoquée par les stratégies de localisation des firmes transnationales. Alors que, pendant la « première mondialisation » de la fin du 19e siècle, le bateau à vapeur, les chemins de fer et le télégraphe avaient permis de séparer géographiquement la production et la consommation, la mondialisation contemporaine permet de séparer géographiquement les différents maillons de la chaîne de production. La stratégie des firmes a dès lors consisté à décomposer les étapes de la production et à sous-traiter la fabrication des produits dans des pays à bas salaires. Pour déterminer la localisation de chaque maillon de la chaîne de production, la maison-mère d’une firme transnationale se pose continuellement une question centrale : où est-ce le plus compétitif, donc le moins cher, de s’implanter ?

Le dumping est à l’économie mondiale ce que l’EPO est à la course cycliste ! Se doper n’aura aucun impact sur le classement si tous les coureurs s’adonnent au même vice.

La pression engendrée par la concurrence internationale incite ainsi les gouvernements du Nord et du Sud à durcir les conditions de travail, dans l’espoir d’être plus compétitifs et d’attirer ou de maintenir des sites de production. Comme le résument les Nations unies, « les pays d’origine essaieront de freiner la tendance à la délocalisation à l’étranger de la production en déréglementant le marché du travail, tandis que les pays d’accueil penseront peut-être qu’une plus grande flexibilité du marché du travail leur permettra d’attirer davantage d’investisseurs étrangers »1. Pris au jeu de cette concurrence mondiale, les gouvernements sont incités à faire d’incessantes concessions qui débouchent sur une course au moins-disant social.

C’est le syndrome du tour de France : le dumping est à l’économie mondiale ce que l’EPO est à la course cycliste ! Se doper n’aura aucun impact sur le classement si tous les coureurs s’adonnent au même vice. La prise d’EPO ne rendra dans ce cas en rien les coureurs plus compétitifs. Par contre, la santé du peloton s’en ressentira gravement, tout comme le dumping social généralisé affecte la bonne santé de l’économie dont l’équilibre est menacé par l’affaiblissement de la sécurité sociale et du pouvoir d’achat. arnaud zacharie

1. UNCTAD, Trade and Development Report 2012. Policies for Inclusive and Balanced Growth, United Nations, 2012, p. 90.
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