“Braindrain” : comme au foot

“Braindrain” = drainage des cerveaux. Cet anglicisme désigne la pêche aux diplômés du Sud à laquelle se livrent les pays du Nord en vertu de l’« immigration choisie » chère à Nicolas Sarkozy.Est-ce moral ? Est-ce utile ? Et si oui, à qui ?

 Pour réguler la migration liée au travail, la Belgique a conclu des accords avec plusieurs pays : l’Algérie en 1960, la Yougoslavie (Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Monténégro, Serbie, Kosovo) en 1970, le Maroc en 1964, la Turquie en 1964 et la Tunisie en 1969. Ces traités datent de l’époque des gastarbeiters (« travailleurs invités ») qui venaient suppléer un manque de travailleurs natifs dans des secteurs vitaux de l’économie belge. Ces accords facilitaient la migration liée au travail, rendue plus souple et plus flexible. Depuis lors, aucun nouvel accord n’a été conclu en ce qui concerne ce type de migration.

Les migrants originaires de pays qui ne font pas partie de l’UE et qui ne font pas l’objet d’un traité doivent obtenir un permis de travail. La procédure qui y donne accès est longue et rigoureuse lorsque le permis n’est pas lié à un secteur d’emploi identifié (entre autres conditions) comme faisant l’objet d’une pénurie.Certains migrants temporaires acquièrent à l’étranger soit du capital financier, soit de meilleures connaissances, et rentrent ensuite dans leur pays.
Dans une étude publiée en août 20101, les chercheurs du Centre de Politique Sociale « Herman Deleeck » de l’Université d’Anvers, observent que « lorsqu’il s’agit de travailleurs provenant de pays non européens, la Belgique n’est pas équipée pour répondre aux pénuries dans certains secteurs. Au lieu de cela, on observe un système de recrutement au cas par cas, avec des procédures plus flexibles pour certaines catégories de travailleurs, comme les hautement qualifiés ».

La migration liée au travail, pour les personnes originaires de pays non européens, concerne donc majoritairement les travailleurs hautement qualifiés. Les chiffres (datant de 2008) présentés dans l’étude éclairent cette réalité : 74,2% des permis de travail délivrés à des travailleurs non européens en 2008 concernaient des emplois requérant de hautes qualifications. 49,2% de ces personnes hautement qualifiées travaillent dans les secteurs de la construction et de l’industrie. Viennent ensuite les secteurs de l’hôtellerie, du travail social et de la santé. Enfin, pour cette même ­année, 9574 permis de travail ont été accordés à des travailleurs non européens hautement qualifiés, pour l’ensemble de la Belgique.

Si les effets sur le pays hôte de cette migration du travail touchant le personnel hautement qualifié sont sans conteste positifs, les effets sur le pays d’origine du migrant sont en général perçus comme négatifs. Cependant, lorsque certaines conditions sont réunies, la tendance peut s’inverser, comme l’explique Frédéric Docquier, professeur d’économie à l’UCL et directeur de recherches à l’IRES2 en comparant le champ du flux migratoire des travailleurs à celui du ballon rond.

Des effets positifs

Pour Frédéric Docquier, il y a aussi des effets positifs à l’expatriation des « cerveaux » d’un pays. Le plus facile à identifier est l’envoi de fonds par les migrants vers leur famille. Le deuxième point positif, c’est le fait que certains migrants temporaires acquièrent à l’étranger soit du capital financier, soit de meilleures connaissances, et rentrent ensuite dans leur pays. La fuite des cerveaux peut enfin jouer un rôle d’incitant à l’éducation. Si vous vous éduquez et qu’il n’y a aucune perspective de migrer, aucune probabilité, le rendement attendu de l’éducation va être dépendant de la demande dans votre pays, et elle est faible .« La perspective de migrer peut augmenter le rendement de l’éducation et favoriser l’investissement éducatif, explique Frédéric Docquier. Si vous vous éduquez et qu’il n’y a aucune perspective de migrer, aucune probabilité, le rendement attendu de l’éducation va être dépendant de la demande dans votre pays, et elle est faible ».

Frédéric Docquier utilise une analogie intéressante. Pour lui, on peut transposer cette analyse économique à l’univers du football. Dans ce dernier, l’arrêt Bosman a établi la libre circulation des joueurs à l’intérieur de l’Europe ainsi que l’ouverture de la plupart des championnats aux joueurs étrangers d’origine africaine ou latino-américaine. Après cet arrêt, on constate un exode important de ces joueurs vers l’Europe. En outre, des pays africains voient leur niveau sportif augmenter. Dans le même temps, il y a tellement de candidats que le taux d’émigration reste faible : les meilleurs s’en vont et l’effet sur les niveaux dans les centres de formation est positif. Il y a aussi des effets non négligeables liés aux investissements directs européens.

« Ça se passe exactement comme ça pour le monde économique, affirme Frédéric Docquier. Si les taux d’émigration sont limités, les effets d’incitation à l’émigration peuvent dominer l’effet de sortie et vous avez des politiques plus dures qui peuvent donner lieu à une meilleure éducation dans les pays pauvres. Une politique plus sélective pourrait être bénéfique ». La difficulté est alors de cerner le taux de migration critique. « Il faut être prudent quand on mène des politiques d’émigration qui sont censées protéger les pays pauvres, poursuit-il. Il ne faut pas bloquer tous les qualifiés dans leur pays parce qu’on risque de faire des dégâts ». Frédéric Docquier estime qu’en-dessous de 10% de fuite de cerveaux, les effets peuvent être positifs. « Malheureusement, conclut-il, beaucoup de pays de l’Afrique sub-saharienne sont déjà au-dessus de ce seuil ». 

Notes:
1 Satisfying Labour Demand Through Migration in Belgium, étude du Belgian Contact Point du European Migration Network.
2 Institut de recherches économiques et sociales.

 Le travail des étudiants étrangers : une question d’équilibre

À quelles conditions l’étudiant étranger, titulaire d’un « visa étudiant », peut-il travailler ? Pour pouvoir travailler en dehors des vacances scolaires, il doit demander un permis de travail C, en attestant qu’il séjourne légalement en Belgique et qu’il est valablement inscrit dans un établissement d’enseignement supérieur de plein exercice. En 2009 et 2010, ils étaient à peu près 6000 par an à obtenir ou à voir renouveler leur permis C. Ce permis a une durée limitée, valable et renouvelable tant que dure le droit au séjour de l’étudiant, et il lui permet d’exercer n’importe quel travail salarié. Mais attention : il ne peut pas travailler plus de 20h par semaine et son travail doit être compatible avec ses études.

Pourquoi ? Parce que si le travail peut contribuer à procurer à l’étudiant les « moyens de subsistance suffisants » pour vivre en Belgique, les études doivent rester le motif premier de son séjour. La loi prévoit d’ailleurs que si son travail « entrave manifestement la poursuite normale de ses études », il peut perdre son droit au séjour. Pendant les vacances scolaires, ou s’il effectue un stage obligatoire pour ses études, l’étudiant est par contre dispensé de permis de travail. Tout est donc une question d’équilibre entre le travail et les études…

 Valentine De Muylder

Source: SPF Emploi, Travail et Concertation sociale.

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