Bienvenue dans le bricolage de l’asile

Hiver 2010, l’agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile (FEDASIL) est débordée et ne peut plus désigner de places d’accueil aux nouveaux arrivants qui se retrouvent alors à la rue par des températures négatives. Ce qu’on a appelé depuis trois ans la « crise de l’accueil » a soulevé de nombreuses questions. Pour tenter d’apporter des pistes de réponses, c’est toute la dynamique du processus d’accueil et d’asile qu’il faut examiner, en éclaircissant certains points sombres où la confusion règne.

Sur le site du journal Le Soir, le blog elisA a proposé, à partir de février 2011, deux mois d’un reportage work in progress, deux mois d’une enquête à ciel ouvert (http://blog.lesoir.be/elisa), à la rencontre des responsables politiques, des administrations, des travailleurs de terrain et des demandeurs d’asile. On y découvre des situations kafkaïennes, des bidouillages plus ou moins légaux voire carrément l’illégalité la plus complète, avec souvent un haussement d’épaules pour toute explication.

Des critères de régularisation à la discrétion d’un Secrétaire d’État ; des « inéloignables » bloqués dans la clandestinité qui « n’ont qu’à faire la grève de la faim » ; une condamnation de la Cour européenne des droits de l’Homme pour un renvoi vers la Grèce en application du règlement Dublin ; des mineurs d’âge sans solution d’hébergement, relâchés à la rue et que la police intercepte dans des camions en partance pour le Royaume-Uni : voilà pour les bricolages.  Si une harmonisation des approches n’a pas lieu au niveau européen (ce qui n’a pas l’air d’être pour demain), les mesures prises sur le plan national n’auront pas les effets escomptés.Une administration fédérale condamnée en avril 2009, avec astreintes, à faire son job avec un gouvernement qui laisse pourrir la situation. Jusqu’en décembre 2010 ; des structures de transit prévues pour un hébergement de dix jours où les candidats réfugiés séjournent des mois ; le CPAS de Bruxelles qui refuse de prendre en charge les demandeurs d’asile à qui FEDASIL ne peut plus octroyer de place tout en refusant de leur remettre un accusé de réception prouvant qu’ils s’y sont présentés et ce afin d’éviter qu’ils ne l’utilisent contre lui en procédure judiciaire : voilà pour l’illégalité.

Et pour s’en sortir ? Il y aurait bien l’idée d’un plan de répartition. Celui-ci, alors qu’il pourrait donner l’oxygène nécessaire au CGRA (Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides) pour traiter les dossiers en retard en évitant à FEDASIL de devoir renvoyer de nouveaux demandeurs d’asile à la rue, pourrait également aggraver la situation. On évoque un effet d’appel d’air, où la perspective d’une aide financière augmenterait le flux migratoire, comme les régularisations, les astreintes, ou les hôtels l’auraient fait. Ce même appel d’air, le gouvernement en a tellement peur qu’il a préféré laisser des familles entières dans la rue l’hiver dernier, en croisant les doigts pour que personne n’y meure. Qu’on observe les choses avec l’œil gauche ou l’œil droit, c’est l’asphyxie, et l’urgence devient structurelle.

Dans le monde politique, tout le monde est d’accord pour chercher des solutions. En attendant, dans la cour de récré de Monsieur 800 000 voix, la politique du « c’est-pas-moi-c’est-l’autre » cachée derrière les affaires courantes, fait des victimes collatérales. En outre, sans perspective globale sur la problématique, un effet de vases communicants persistera entre les pays qui respectent leurs obligations et ceux qui les bafouent. Si une harmonisation des approches n’a pas lieu au niveau européen (ce qui n’a pas l’air d’être pour demain), les mesures prises sur le plan national n’auront pas les effets escomptés.

S’il y a certainement des conclusions à tirer de tout cela, le reportage avait pour ambition première d’inviter à la réflexion, d’en donner les pistes. Contre les raccourcis, les idées simplistes et/ou reçues, proposer de jeter un regard complexe sur une réalité qui l’est tout autant. Prendre le temps de se pencher sur la problématique de l’asile, en débattre en connaissance de cause. Prendre le temps : loin de cette fuite en avant, où un gouvernement pompier-pyromane prend des mesures à court terme d’un côté pour, de l’autre, « resserrer la vis ». 

http://blog.lesoir.be/elisa/

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