3 questions à William Sandoval 

En 2007, la Belgique découvrait le visage de William Sandoval. Désespéré, il monta sur une grue pour demander sa régularisation. À sa descente, il exprima ce que tant d’autres auraient voulu dire : «Ouvrez-les yeux, nous sommes là, nous nettoyons vos maisons, nous travaillons dans vos jardins, nous bricolons dans vos maisons, nous sommes vos voisins, nous travaillons avec vous même si nous vivons dans l’ombre… »

Votre combat pour la régularisation avait suscité de très nombreuses réactions parmi la population belge, un comité de soutien – le comité de soutien de la famille Sandoval – a même été créé. Quel regard portez-vous sur cette période qui a certainement changé beaucoup de choses pour vous… et pour la cause des sans-papiers ?

Lorsque je suis monté sur la grue, c’était un acte désespéré et pas un acte politique ni partisan.Je voulais vivre normalement et travailler comme tout le monde. Je pense que mon intention a bien été comprise, car, effectivement, une partie de la population belge m’a soutenu. Mais, au-delà de mon cas individuel, je suis fier d’avoir agi ainsi. Certaines personnes qui sont sans enfants et présents en Belgique depuis des années ne seront pas régularisées.Il faut des critères plus généreux. Cela a contribué à ouvrir les yeux de beaucoup de gens. Il s’agissait d’une forme de sensibilisation de la population belge sur la situation des sans-papiers, qui sont aussi leurs voisins, leurs amis. En montrant notre réalité, cela a un peu fait bouger les choses. Je demandais à la population belge, celle qui a une existence légale, de nous voir et d’interpeller leurs représentants politiques, car nous, nous n’avions pas d’existence légale.

Cet acte individuel vous a-t-il poussé à poursuivre un engagement pour la régularisation ?

Oui, mais en employant des modes d’action différents, plus « positifs ». Plutôt que de me positionner en sans-papiers qui « demande », j’ai préféré apporter quelque chose notamment à travers des activités culturelles. Je suis artiste et j’essaie de promouvoir la cause des sans-papiers par ce biais là, en organisant, par exemple, les « 24 heures de chansons pour la régularisation » qui ont eu lieu en 2008.

Finalement, le gouvernement a décidé de définir des critères de régularisation, que pensez-vous des mesures adoptées ?

Il fallait le faire, il fallait une régularisation, alors c’est mieux que rien. C’est imparfait, mais cela va permettre à beaucoup de personnes de sortir de la clandestinité. Il y a des gens ici qui sont sans-papiers depuis des années, cette situation n’était pas normale. Évidemment, les critères définis par le gouvernement sont insatisfaisants, je ne dis pas qu’il faut régulariser tout le monde, mais il faut une régularisation plus large et j’espère qu’on continuera à se battre pour ceux qui méritent d’être régularisés et qui ne bénéficieront pas de l’opération actuelle. Je trouve par exemple que, dans cette régularisation, on se focalise trop sur le critère « enfants ». Certes, le fait d’avoir des enfants est une garantie d’ancrage dans la société belge. Mais certaines personnes qui sont sans enfants et présents en Belgique depuis des années ne seront pas régularisées et c’est regrettable. Il faut des critères plus généreux.

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