Yézidis Liégeois, la double identité assumée

En Occident, les Kurdes yézidis sont perçus comme un peuple du désert irakien persécuté par le groupe État islamique. À 4.500 km de là, une partie de cette communauté a fait son nid à Liège et elle refuse de se soumettre.

Dans sa maison de Herstal, Salim (nom d’emprunt) a préparé du thé noir, “vous en prendrez bien un peu ?”. Ce presque quadragénaire préfère rester discret sur son identité, une caractéristique yézidie selon lui. “Quel que soit leur lieu de vie, les Kurdes yézidis ont choisi la discrétion, par peur de représailles à leur encontre. Une crainte qui se transmet de père en fils.

Salim a grandi et vit à Liège depuis toujours, comme le laisse entendre son accent. Mais surtout, il est un membre actif de sa communauté. En Belgique, les Kurdes yézidis seraient entre 3.000 et 5.000 membres, “dont 90 % vivant dans la province de Liège, venus en regroupement familial“. Cette communauté, dont la religion trouve ses racines dans le zoroastrisme, a connu de nombreuses persécutions et massacres tout le long de son histoire. À cause de ses croyances justement. “Les musulmans nous appellent à tort les adorateurs du diable, explique Salim. Sous ce prétexte, nous avons subi 74 génocides (sic).” Le dernier en date a été commis par Daesh en 20141.

La nouvelle génération, celle qui a grandi en Belgique, a décidé de sortir de son anonymat pour agir. Le sursaut de la communauté s’est réalisé après les tueries de Sinjar qui ont débuté le 3 août 2014. L’État islamique s’est emparé de cette région du nord de l’Irak, a exécuté ou a réduit en esclavage ses habitants yézidis.

Le Centre culturel yézidi de Liège, né en 2003 mais dormant depuis dix ans, se réveille des ateliers d’alphabétisation s’y déroulent, une aide à l’insertion dans la société belge et des cours sur l’histoire et la religion de ce peuple y sont organisés.

Il existe une forte solidarité entre Kurdes yézidis, quelles que soient les régions dont nous sommes originaires.” Cette année-là, des soupers dans l’association se tiennent pour récolter des fonds afin que la Croix-Rouge vienne en aide aux réfugiés. Des marches de soutien se mettent en place. Le Centre culturel yézidi de Liège, né en 2003 mais dormant depuis dix ans, se réveille des ateliers d’alphabétisation s’y déroulent, une aide à l’insertion dans la société belge et des cours sur l’histoire et la religion de ce peuple y sont organisés. “Nos ancêtres étaient incapables de lire et écrire, une partie de notre culture s’est évaporée. Il était temps de remédier à ce problème“, explique Salim.

Le Centre culturel yézidi représente le point de rencontre des familles. Cette année, l’association s’est fixé d’un nouvel objectif ouvrir davantage ses portes aux autres, politiques et membres d’autres communautés. “Nous ne voulons plus avoir peur, nous voulons la paix. Mais nous avons besoin de l’aide de la communauté internationale, car seuls nous n’y arriverons pas.

1. Le terme «génocide» a été utilisé par le brésilien Paulo Pinheiro, président de la commission d’enquête de l’ONU sur les droits de l’Homme en Syrie.
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