Quand le vocabulaire et les pratiques transforment les personnes sans papiers en criminel·les

En Belgique, les politiques migratoires menées ces dernières années ont renforcé le contrôle et la répression. Ces mesures contribuent à fragiliser les droits fondamentaux et à renforcer la stigmatisation et la criminalisation des personnes sans papiers.

Depuis plus de 20 ans, la politique migratoire de l’Union européenne s’est faite de plus en plus répressive et dissuasive, notamment à travers la multiplication des dispositifs de contrôle, d’arrestation et de détention des personnes migrantes en vue de leur éloignement. Cette politique est coûteuse, inefficace et viole régulièrement les droits fondamentaux des personnes migrantes. En outre, la priorisation des enjeux sécuritaires induit une criminalisation des personnes migrantes et, particulièrement, de celles en séjour irrégulier.

En Belgique, force est de constater que les politiques migratoires menées ces dernières années suivent cette même tendance répressive. Les conditions d’accès et de renouvellement du droit de séjour – que ce soit en matière d’asile, de regroupement familial, d’études ou de travail – sont devenues encore plus restrictives et sélectives, menant ainsi à une véritable fabrique de personnes sans papiers. N’ayant plus accès aux procédures de séjour, ces personnes se retrouvent dans une impasse administrative qui les prive de toute une série de droits fondamentaux.

Par ailleurs, la dernière tentative d’ouvrir un débat politique sur la mise en place de critères clairs et permanents de régularisation s’est soldée par un échec. Rappelons l’épisode dramatique de la grève de la faim, notamment à l’église du Béguinage en 2021, qui avait pourtant suscité une forte attention médiatique et citoyenne. Depuis lors, aucune perspective structurelle de régularisation n’a été inscrite à l’agenda politique, bien au contraire.

Ainsi, ces dernières années, les autorités ont davantage développé des dispositifs de suivi et de contrôle, renforçant la pression administrative afin de faciliter le retour vers le pays d’origine des personnes concernées, plutôt que d’explorer des solutions durables sur le territoire.

Cet article propose dès lors de mettre en lumière ces nouveaux dispositifs et d’identifier en quoi ils participent à une logique de contrôle et de répression. Il s’agira de montrer comment, sous couvert d’efficacité administrative et de gestion des flux migratoires, ces mesures contribuent à fragiliser les droits fondamentaux et à renforcer la stigmatisation et la criminalisation des personnes sans papiers.

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