Mutualités: le Burkina bâtit, la Belgique détricote

Le 5 septembre, le parlement du Burkina Faso a voté une loi sur l’assurance maladie universelle. Une première dans ce pays d’Afrique de l’Ouest où seul 1 % de la population est mutualisé à ce jour. Pendant ce temps-là, le gouvernement belge affaiblit nos mutuelles.

Saviez-vous que nos mutualités vieilles de 150 ans et celles du Burkina, toutes jeunes, ont de nombreux points communs ? À commencer par une même revendication d’accès aux soins de santé pour toute la population, ici comme là-bas. Principe général : un individu seul ne peut réclamer des soins de qualité. Il aura fallu une lutte de longue haleine menée par des associations et des communautés de base, soutenues par des ONG étrangères, pour que les autorités du Burkina adoptent enfin la couverture universelle. Entre 1960 et le 4 septembre 2015, elles s’étaient contentées des vestiges laissés par les colons français. Résultat, seuls les fonctionnaires et l’armée bénéficiaient de leur propre mutuelle professionnelle, soit 1 % de la population.

Autre point commun entre les deux pays aujourd’hui : pas de mutualité sans subventionnement des pouvoirs publics. Sur la cotisation annuelle de 8 000 francs, l’État burkinabé prend en charge 4 500 francs. Le reste à payer revient à l’adhérent qui bénéficiera alors d’un remboursement des médicaments génériques et des soins chez tous les praticiens, ainsi que de la gratuité pour les enfants de 0 à 5 ans et les femmes enceintes.

Chambarder les mentalités

Au Burkina, la couverture est encore loin d’être « universelle » car, avant de mettre en place les mutuelles, il s’agit d’abord de sensibiliser la population, en particulier  rurale. Inoussa Ouedraogo, coordinateur de l’Union des mutuelles de santé explique : « Pour le moment, il n’y a pas une forte adhésion. Les gens instruits comprennent l’intérêt, mais les paysans ont du mal à saisir ce qu’est la prévoyance, parce que les soins de santé ne sont pas leur priorité. L’argent mis de côté sert à manger demain. Quand on tombe malade, le premier réflexe est de supporter… Comment les convaincre qu’ils doivent cotiser pour une maladie qu’ils n’ont pas, et qu’en plus ils ne pourront pas réclamer leur cotisation s’ils ne sont pas tombés malade dans l’année ? »

Pas de mutualité sans subventionnement des pouvoirs publics. Sur la cotisation annuelle de 8 000 francs (12,2 euros), l’État burkinabé prend en charge 4 500 francs.

Historiquement, ce même raisonnement dominait en Belgique : les mineurs ou les travailleurs de la sidérurgie devaient aussi, en premier lieu, nourrir leur famille nombreuse ! Le reste passait loin derrière.
Ironie ? Tandis que des communautés burkinabé se démènent pour développer des mutualités, le gouvernement belge réduit le budget de l’assurance maladie. En 2015, l’INAMI (Institut national d’assurance maladie-invalidité) devra économiser 355 millions d’euros.

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