Europalia, besoin d’un guide

6 octobre 2015. Inauguration à Bozar (Bruxelles) d’Europalia Turquie. Le premier spectacle offert par l’événement se déroule à l’extérieur. Il est gratuit mais de piètre qualité : ballet d’hélicoptère dans le ciel, lumière bleue saccadée et sirène monocorde. Sécurité maximale.

Le Président Recep Tayyip Erdogan est de la partie. Les organisateurs de l’événement ont beau nier le lien entre la politique et la culture, ils offrent dès l’ouverture une éclatante démonstration inverse.

L’année du centenaire du génocide des Arméniens, la crainte que cet Europalia masque d’un geste politique autoritaire les différentes communautés minoritaires de Turquie était grande. Et justifiée ? « On se bat depuis deux ans pour avoir une vision la plus complète d’un pays et la presse ne nous parle que d’Arménie, de Kurdes et d’Erdogan, peste la baronne Kristine De Mulder, manager général de l’événement. Mais jugez-nous sur la qualité des œuvres proposées. Je ne mets pas les artistes dans des identités figées. Ils ne sont pas là pour leur communauté mais parce qu’ils sont bons. »

Du côté d’Europalia, on n’y voit pas de problème, même si « on préfère que ce soit plutôt un écrivain qu’un politique qui vienne parler de l’art d’écrire ».

Tout le monde ne partage pas cet avis… La Maison du Livre de Saint-Gilles, en région bruxelloise, a refusé de « participer à une entreprise de propagande du pouvoir turc » et a annulé une soirée avec l’écrivain Markar Esayan. Motif ? L’homme, d’origine arménienne, est député de l’AKP, le parti au pouvoir. Du côté de l’organisation, on n’y voit pas de problème, même si « on préfère que ce soit plutôt un écrivain qu’un politique qui vienne parler de l’art d’écrire ».

Des espaces de frottements

Justement, la Maison du Livre de Saint-Gilles a co-organisé dans la foulée une soirée autour du dialogue interculturel entre Turcs et Arméniens de Belgique. Est-il possible ? Le psychologue Altay Manço y a avancé une pédagogie de la paix : « Il faut créer des espaces de frottements, c’est-à-dire des lieux et des temps de rencontres où chaque partie se positionne par rapport à une demande commune. »

Et en écho, une idée lancée depuis le public : plutôt que de boycotter Europalia, pourquoi ne pas organiser des visites avec des groupes « mixtes » belgo-turco-arméniens, et un guide qui pourra donner un éclairage équilibré ?

Les minorités en Turquie

Sur les 75  millions d’individus que compte la Turquie, 12 millions sont Kurdes, ce qui en fait la plus importante minorité du pays. Les Alévis (membres d’un islam hétérodoxe) sont entre 10 et 15 millions (on peut être Kurde ET Alévis). Grecs, Assyro-Chaldéens, et autres Chrétiens ne sont que quelques milliers. C’est vrai également pour les Arméniens, dont la diaspora se monterait à environ 60 000 personnes. Début du XXe siècle, ils étaient plus de deux millions.

  • Réfugié, demandeur d’asile, migrant… Lexique & définitions

  • Adresses utiles pour les personnes exilées en Belgique

  • Quels sont les droits des personnes solidaires? Testez vos connaissances!

  • Commander des brochures pour sensibiliser

  • Comment aider les migrants en Belgique? Voici des idées concrètes