Carte de l'Afghanistan

Une obligation légale, politique et morale envers les Afghan·e·s

Communiqué de presse 13 septembre 2021: une obligation légale, politique et morale envers les Afghan·e·s

Ces quarante dernières années, plus de six millions d’Afghan·e·s ont dû fuir les conflits armés, l’insécurité et la pauvreté qui en ont résulté. Plus de la moitié ont cherché refuge à l’intérieur du pays, un peu moins se sont exilé·e·s au Pakistan et en Iran. Les 400.000 personnes restantes sont réparties, notamment, dans l’Union européenne. Aujourd’hui, la solidarité envers les réfugié·e·s afghan·e·s est inexistante…

Les récents événements frappent une nouvelle fois de plein fouet la population afghane. La réponse de l’Union européenne est sans équivoque: tout faire pour éviter un remake de la “crise des réfugié·e·s syrien·ne·s” de 2015. Tout faire pour ne pas devoir accueillir les personnes en besoin de protection, subventionner les pays voisins pour qu’ils le fassent, et poursuivre la politique d’externalisation.

Répondre à ses obligations

La Belgique, impliquée dans l’intervention militaire au côté d’autres pays de l’OTAN, a organisé dans l’urgence une mission d’évacuation qui a concerné plus de 1.100 personnes. Il s’agissait prioritairement de Belges et de leurs familles, d’Afghan·e·s ayant collaboré avec la Défense ou une organisation internationale, dont les activités les mettaient en danger immédiat (activistes des droits des femmes, journalistes…), ou disposant d’une autorisation de séjour en Belgique.

On peut s’en réjouir. Mais nous ne devons pas oublier que de nombreuses autres, avec un profil similaire, sont restées bloquées en Afghanistan ou dans les pays limitrophes. Le CIRÉ et plusieurs autres services d’aide reçoivent chaque jour des appels d’Afghan·e·s extrêmement inquiet·e·s du sort de leurs proches. Face à leurs appels à l’aide, peu de réponses, et peu d’espoir.

L’Office des étrangers reste sourd à toutes les interpellations: les procédures “normales” restent de mise. On annonce qu’il n’y aura pas de “traitement de faveur” pour les Afghan·e·s, et qu’il n’est pas envisageable que les demandes soient introduites depuis la Belgique par une personne de référence. Peu importe qu’il n’y ait pas de poste diplomatique belge en Afghanistan, que pour atteindre l’ambassade à Islamabad il faille franchir une frontière bloquée par les Talibans, ou des chemins périlleux à travers les montagnes. Peu importe que les documents exigés soient impossibles à obtenir en Afghanistan. Peu importe qu’il faille attendre des mois la réponse à une demande de regroupement familial ou de visa humanitaire, sans certitude, cette dernière procédure relevant du pouvoir discrétionnaire du secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration.

La Belgique a pourtant des obligations, au vu de son implication militaire en Afghanistan et de la situation très préoccupante qui y prévaut.

L’obligation légale de protéger la vie et la dignité humaine, et de respecter le droit d’asile. L’obligation morale de se préoccuper du sort de ces personnes, dont la situation n’est pas “normale”, mais “exceptionnelle”. L’obligation politique d’honorer l’engagement pris le 29 août, dans une déclaration conjointe, de “garantir que nos citoyens, nos ressortissants et nos résidents, nos employés, les Afghans qui ont travaillé avec nous et ceux qui sont en danger puissent continuer à voyager librement vers des destinations hors d’Afghanistan”.

Le 16 août dernier, le secrétaire d’État a annoncé – in extremis et sous pression – un gel des expulsions vers l’Afghanistan. Le Commissariat Général aux Réfugiés et aux Apatrides (CGRA) a suspendu partiellement les décisions concernant les demandes d’asile des Afghan·e·s et donc, les décisions négatives, du moins jusque fin septembre… C’est bien, mais c’est trop peu.

Nous nous inquiétons du sort des Afghan·e·s présent·e·s en Belgique et qui y (re)demandent, l’asile. Le HCR lui-même a affirmé que les récents évènements accentuent les besoins de protection internationale des Afghan·e·s, y compris pour celles et ceux qui résident déjà dans un pays où elles/ils ont demandé l’asile avant la prise de pouvoir des Talibans. Le CGRA s’obstine pourtant à considérer que le changement de situation en Afghanistan ne constitue pas un nouvel élément “pertinent” obligeant à réexaminer la demande de protection de ces personnes… On se prend à douter qu’on parle du même pays, de cet Afghanistan détruit par des décennies de guerre, en proie à une grave insécurité alimentaire, sous la menace de l’État islamique et d’Al-Qaida, contrôlé par les Talibans qui veulent réinstaurer une version restrictive de la Charia, et “traduire en justice” les Afghan·e·s expulsé·e·s d’Europe après avoir été débouté·e·s de leur demande d’asile …

Qu’arrivera-t-il à ces personnes à qui les instances d’asile refuseraient la protection internationale, et qui ne pourront être expulsées vers l’Afghanistan? Dans quel limbe juridique seront-elles jetées? Se retrouveront-elles “sans-papiers” et dans une précarité extrême?

Des solutions concrètes et urgentes

Nous demandons, au niveau européen, qu’une réponse forte et solidaire soit portée par la Belgique pour les Afghan·e·s qui veulent rejoindre l’UE, notamment sur les questions des voies d’accès sûres et légales et des programmes de réinstallation.

Nous demandons, au niveau belge, que des solutions concrètes, souples et transparentes soient trouvées par le gouvernement fédéral, tant pour les personnes qui auraient dû être évacuées et qui restent bloquées, que pour les procédures de regroupement familial ou de visas humanitaires. Ces demandes doivent pouvoir être introduites depuis la Belgique par un·e tiers, et les conditions normalement prévues de revenus et logement suffisants pour le regroupement familial en Belgique doivent être levées.

Nous demandons aux instances d’asile de faire prévaloir le principe de précaution, en réexaminant toutes les nouvelles demandes introduites par des personnes afghanes précédemment déboutées. La politique de traitement des demandes d’asile doit être la plus protectrice possible, au vu de la situation sécuritaire et humanitaire, et du risque de violation des droits humains qui règnent en Afghanistan. Et si tel n’était pas le cas, un autre statut et des droits doivent être accordés à ces personnes, qui sont de toute évidence inéloignables.  

Il y a urgence. Et il y a une obligation, légale, politique et morale.

Contact presse

Sotieta Ngo, directrice du CIRÉ – sngo@cire.be

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