Acteurs de leur vie

Le Nimis groupe est une troupe de théâtre de vingt comédiens qui fait souvent rire, parfois pleurer mais, surtout, qui secoue le public. Dans « Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu », la politique migratoire européenne et son juteux business sont passés au crible.

Au 5e étage du Théâtre National, les comédiens mangent sereinement avant leur représentation. Dans une heure et demie, ils seront sur scène pour jouer « Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu ».

À la base du projet, c’est le rêve d’étudiants du Conservatoire de Liège et du Théâtre national de Bretagne de vivre dans une Europe plus ouverte. « Une question s’est très vite posée : l’Europe finance des programmes d’échanges entre différents pays et, dans le même temps, dépense des sommes folles pour élever des barrières contre le reste du monde », raconte Jérôme, comédien. Face à ce constat, les acteurs professionnels se lancent dans la recherche, consultent des juristes, rencontrent des parlementaires et puis c’est l’évidence : pour échafauder une pièce sur la migration, il faut que des demandeurs d’asile participent au projet.

« La première fois que les comédiens sont venus au centre ouvert de Bierset, nous étions méfiants car nous pensions qu’il s’agissait d’agents de l’Office des étrangers », explique Hervé, acteur d’origine camerounaise. Mais une fois convaincus par le projet, six demandeurs d’asile se lancent dans l’aventure. D’abord des ateliers pratiques où l’on se jauge, on expérimente, « comme un laboratoire », décrit Sarah, médiatrice culturelle. En cours de route, certains quitteront le projet, car psychologiquement fatigués de revenir sur leur histoire. Pour les autres, ce sera l’occasion de raconter une réalité le long des côtes méditerranéennes. Des cadavres qui s’entassent dans les cales des bateaux, une rive lointaine, des espoirs déçus.

« Cette expérience, nous la portons avec dignité, explique Olga, Congolaise. Qui va exposer la vérité de la migration si ce n’est nous ? Ce qui nous motive, c’est de transmettre notre histoire pour conscientiser un public qui ne sait pas ».
Quel bilan tirent-ils après trois années de collaboration artistique ? « C’est comme dans un mariage, philosophe Dominique, ancien journaliste au Cameroun. Il y a des bons et des mauvais jours. Mais les discussions se font toujours dans un respect mutuel ». Plus sentimental, Jérôme dira qu’ils sont devenus de vrais amis.

Le groupe Nimis rumine un autre rêve, celui d’élaborer une pièce avec des migrants en centre fermé cette fois-ci. « Là-bas, c’est pire que la prison », affirme Jérôme. En attendant, les projecteurs sont braqués sur eux, le spectacle commence.

www.nimisgroupe.com

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