Acquérir la nationalité quand on est réfugié: une reconnaissance

Élisa a 26 ans. Adolescents, son frère et elle ont quitté le Burundi pour rejoindre leur mère qui avait demandé l’asile en Belgique. Dix ans et pas mal de tracasseries administratives plus tard, elle obtient la nationalité belge. Un symbole qui lui tient à cœur.

Était-ce important pour vous de devenir belge1 ?

À mon arrivée en Belgique, je me disais : c’est provisoire, on verra comment les choses évoluent au pays. En attendant il faut que je termine l’école secondaire. J’étais ici, mais mon regard était tourné vers le Burundi. Puis, après quelques années, j’ai accepté l’idée de vivre ici et j’ai commencé à me sentir chez moi. Quand on est étranger, on a besoin de se sentir accueilli, accepté. Or les premières années, je n’avais pas ce sentiment. Alors pour moi, devenir Belge « compense » tout cela. Symboliquement, c’est une sorte de reconnaissance, d’acceptation par la Belgique. On vit moins difficilement le rejet ou le racisme quand on est belge, parce qu’au fond le racisme te rappelle que « tu n’es pas chez toi ». Devenir Belge était aussi une suite logique pour moi : je me sentais déjà belge avant, je me sentais concernée par les choix des décideurs politiques à l’égard des citoyens, je soutenais les Diables rouges, Tom Boonen ou Philippe Gilbert…

Quand on est étranger, on a besoin de se sentir accueilli, accepté. Or les premières années, je n’avais pas ce sentiment. Alors pour moi, devenir Belge « compense » tout cela. Symboliquement, c’est une sorte de reconnaissance, d’acceptation par la Belgique.

Ce n’était pas uniquement une facilité ou une sécurité ?

Non. Mais c’est vrai aussi que ça facilite les choses. Par exemple, il y a deux ou trois ans, je suis partie en voyage au Venezuela. Contrairement aux autres, j’ai dû demander un visa et j’ai eu un contrôle des services de l’immigration. On m’a posé plein de questions. À ce moment-là, j’aurais aimé avoir la nationalité belge pour pouvoir passer les contrôles comme tout le monde. La nationalité, c’est aussi la garantie de pouvoir rentrer au pays plus sereinement. Ma mère, mon frère et moi ne voulions pas retourner au Burundi sans notre passeport belge qui nous permettrait de demander la protection de la Belgique en cas de problème. Lors de son dernier voyage, fin 2012, ma mère a d’ailleurs reçu des menaces et l’ambassade de Belgique l’a aidée à rentrer en sécurité.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour obtenir la nationalité ?

En avril 2010, j’ai fait une première déclaration de nationalité sur base du fait que je résidais légalement en Belgique depuis au moins sept ans. J’ai fourni l’ensemble des documents requis à la commune de Woluwe-Saint-Lambert où j’habitais à l’époque. Mais la fonctionnaire a simplement annexé un extrait du registre des étrangers à ces documents, sans les regarder. Quatre mois plus tard, j’ai reçu un avis négatif du Procureur du Roi disant que j’avais été « sans-papiers » pendant trois semaines, peu après mon arrivée en Belgique. Mon avocate a alors introduit un recours en justice contre cet avis, et m’a encouragée à faire une nouvelle déclaration de nationalité. Cette fois sur base du fait que ma mère était belge. C’est ce que mon frère avait fait et il était devenu belge entre-temps. Pour lancer cette seconde procédure, j’ai dû attendre un nouvel acte de naissance, que ma mère est allée chercher au Burundi. À Saint-Gilles, ma nouvelle commune, la fonctionnaire m’a reçue dans un bureau et a pris le temps de vérifier mon dossier avec moi. Comme elle s’est rendu compte qu’il manquait un trait d’union au prénom de ma mère sur mon nouvel acte de naissance, ce qui risquait de poser problème, elle m’a conseillé de baser ma nouvelle déclaration de nationalité sur le même motif que la première. Cette fois, le Procureur du Roi a remis un avis positif. C’était en janvier 2012. En février, j’avais ma nouvelle carte d’identité belge. L’été dernier, munie de mon passeport belge tout neuf, j’ai retrouvé pour la première fois la ville de mon enfance : Bujumbura. Même si, aujourd’hui, c’est en Belgique que je vois mon avenir.

Propos recueillis par Valentine De Muylder

1 Prénom d’emprunt
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