Migrant·e, étranger·ère, allochtone, expatrié·e, colon… Tous ces termes renvoient à une même réalité: celle d’une différence entre "celleux du dedans" et "celleux du dehors", ou encore entre "celleux qui étaient là avant" et les "nouveaux·elles arrivant·es" . Pour autant, on comprend directement que ces mots n’ont pas la même signification. C’est vrai en droit, mais c’est encore plus vrai dans le langage commun. En effet, les catégories rationnelles du droit, de la statistique, ou d’autres disciplines ont du mal à rendre compte des différentes dimensions de la dichotomie entre celleux qui se reconnaissent dans une communauté, et celleux qu’iels considèrent comme n’en faisant pas partie.
Les définitions juridiques ou scientifiques précises et abstraites n’ont d’utilité pour appréhender un phénomène social qu’à la condition qu’elles soient connues et communément admises. Faute de quoi, elles n’ont d’intérêt que dans un cercle restreint d’initié·es. Or, c’est précisément ce consensus de base sur le sens des mots utilisés qui fait souvent défaut dans le discours politique sur l’immigration. C’est qu’il vise moins à analyser une réalité mesurable, qu’à répondre à un sentiment, quand il ne s’agit pas de le nourrir ou de le forger.
Cette analyse explore la manière dont la question migratoire est abordée à travers la notion de cohésion sociale. Elle revient d’abord sur les représentations de "l’autre" et sur la construction de la distinction entre "nous" et "elleux", avant d’examiner les enjeux liés à l’intégration, aux rapports de pouvoir, aux politiques d’exclusion et à l’accès aux droits. Elle met ensuite en évidence une conception de la cohésion sociale fondée sur l’égalité, la solidarité et la participation de toutes et tous à la vie collective. L’objectif est ainsi de questionner les représentations et les choix de société qui sous-tendent les politiques migratoires et d’ouvrir la réflexion sur des alternatives favorisant une société plus inclusive.




