Enfermer pour contrôler, ou accompagner pour émanciper?

Réflexions sur les alternatives à la détention administrative

En Belgique, comme sur l’ensemble du continent européen, les politiques migratoires connaissent un durcissement sécuritaire sans précédent, marqué par une criminalisation croissante des personnes en situation administrative irrégulière. Le gouvernement belge affiche ouvertement la volonté de mener la politique migratoire la plus stricte de son histoire, en axant sa stratégie sur l’augmentation continue des capacités d’enfermement en centre de détention administrative, sur le renforcement des dispositifs d’expulsion et la multiplication des instruments de contrôle et de surveillance. À l’échelle de l’Union européenne, le Pacte sur la migration et l’asile et les réformes législatives relatives au retour consacrent une généralisation de la détention administrative, un allongement des durées d’enfermement, la détention d’enfants et l’obligation de détecter systématiquement les personnes sans papiers.

Face à cette logique d’incarcération administrative qui érige la privation de liberté en outil de gestion migratoire, la société civile se trouve confrontée à un défi d’une gravité inédite.

Pendant de nombreuses années, la posture des associations de défense des droits humains a reposé sur une opposition ferme et sans ambiguïté à la détention administrative des personnes étrangères. Cependant, dans un paysage politique où la contrainte est érigée en norme, la simple dénonciation de l’enfermement peine à influer de manière décisive sur le débat public et institutionnel. L’absence de propositions concrètes et structurées crée un risque majeur : celui d’abandonner le terrain conceptuel et pratique aux seules institutions étatiques, qui développent des mécanismes éminemment coercitifs sous le label rassurant "d’alternatives à la détention".

Faut-il construire un plaidoyer pragmatique autour de réelles mesures d’accompagnement non privatives de liberté? Ou le fait même de négocier des alternatives risque-t-il de légitimer le dogme de l’expulsion et d’étendre le contrôle social? L’enjeu de cette analyse est de déconstruire les illusions du contrôle sécuritaire, d’analyser les différentes visions des alternatives qui s’affrontent et de poser les jalons d’une réflexion critique, centrée sur les droits fondamentaux des personnes concernées.

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