3 questions à Sylvain Mapatano, coordinateur de la plate-forme Diobass au Kivu

Malgré les conflits récurrents mettant aux prises l’armée congolaise et des mouvements rebelles soutenus par les pays voisins comme le Rwanda, les populations frontalières travaillent et commercent entre elles dans la paix.

Comment expliquer cet apparent paradoxe ?
Les travailleurs transfrontaliers sont légion. Des milliers de personnes passent quotidiennement la frontière entre le Rwanda et le Congo pour commercer ou travailler. On voit par exemple des maçons rwandais collaborer sur des chantiers avec des menuisiers congolais, des enfants rwandais venir étudier au Congo et des enseignants congolais aller enseigner au Rwanda, ou encore des paysans rwandais venir cultiver des terres congolaises. Preuve que la confiance existe, on voit aussi des Rwandais avancer des stocks de produits à des femmes congolaises pour qu’elles les commercialisent.  Il est difficile d’imaginer que ces populations proviennent de pays qui se font la guerre.

Quelles leçons tirez-vous de cet état de fait ?
C’est la preuve que ces conflits à répétition ont des origines politiques et qu’ils ne sont pas causés par les populations locales. Certes, il existe une forme de méfiance des populations congolaises envers les voisins rwandais, du fait que la reconstruction rwandaise s’opère en partie grâce au pillage des ressources naturelles congolaises. Mais cela n’empêche pas ces populations de collaborer en paix au quotidien.

Cette coopération transfrontalière est-elle bénéfique pour l’économie des deux voisins ?
Parfois, il s’agit de s’adapter aux conséquences économiques de la guerre. Ainsi, des milliers de femmes congolaises passent chaque jour la frontière rwandaise ou ougandaise pour acheter des bananes plantains depuis que les bananeraies de Masisi ont été décimées par les attaques rebelles.
Dans d’autres cas, il s’agit de profiter de la main-d’œuvre rwandaise dans les champs ou sur les chantiers congolais. Mais l’absence d’infrastructures et les problèmes d’accès à l’électricité handicapent l’économie congolaise : le maïs congolais est ainsi souvent moulu et transformé au Rwanda, puis vendu sur les marchés congolais en tant que maïs made in Rwanda. C’est la preuve que sans infrastructures et capacités de transformation, l’économie congolaise sera toujours perdante.

Propos recueillis par Arnaud Zacharie

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