“Toute la misère du monde”, édito du 4ème numéro sur l’accueil des demandeurs d’asile

Vue de loin, la crise de l’accueil est parfaitement incompréhensible. Comment avons-nous fait pour nous retrouver dans une telle mouise alors que le nombre de personnes accueillies a augmenté légèrement mais pas du tout dans des proportions qui permettent d’expliquer un tel engorgement du système ?

Trop d’entrées, pas assez de sorties, un dispositif qui n’indique pas assez clairement la fin du processus. Pour les uns, ce dispositif laisse trop d’échappatoires ou de possibilités de jouer les prolongations. Pour d’autres, ce sont les changements législatifs et le non-respect d’une partie de la loi qui ont créé de manière tout à fait prévisible une crise de l’accueil…

La réalité est évidemment à mi-chemin. Les changements législatifs constituent la toile de fond qui a précipité le problème mais les autres éléments sont réels. Certains d’entre eux ne sont pas neufs tandis que d’autres, plus conjoncturels, nécessitent d’être remis dans leur contexte pour bien les comprendre. Pour faire court, si sortir du système d’accueil est long et difficile, avec ou sans statut de réfugié, c’est parce que trouver un logement pour des petits revenus est particulièrement difficile actuellement. et ça vaut pour les Belges comme pour les étrangers.

Bis repetita.

Ce qui se joue traditionnellement entre les familles politiques et au sein de la population sur l’asile ou les autres questions migratoires est venu bien évidemment se rejouer sur la scène de l’accueil des demandeurs d’asile. on a une forte opposition de visions entre, d’un côté, ceux qui pensent que la plupart des demandeurs d’asile sont des fraudeurs qu’il faut arriver à ne pas accueillir ou à renvoyer au plus vite chez eux et, de l’autre, ceux pour qui tous les migrants qui s’arrachent de chez eux ont de vraies raisons de venir. or, pour ces migrants, les « marges » du système qui sont aujourd’hui dénoncées sont l’espace minimum nécessaire pour que les travailleurs sociaux puissent – en parallèle avec le traitement de la demande d’asile et après la réponse négative – prendre le temps nécessaire avec ces migrants pour comprendre leurs réels problèmes et chercher avec eux les moins mauvaises solutions.

Ces problèmes se nomment : « fortes discriminations qui laissent un peuple sans perspectives » pour les roms notamment, « problèmes de santé ou de handicaps » pour toute une série de migrants venus de pays européens ou de plus loin, car les richesses produites dans leurs pays ne sont pas drainées et mutualisées pour permettre de mettre en place des systèmes de santé et de scolarité dignes de ce nom.

Et l’Europe dans tout ça ?

La Belgique, à elle toute seule ne peut pas combattre efficacement ces problèmes mais elle peut ne pas nier qu’ils existent au lieu de jeter l’opprobre sur de prétendus faux demandeurs d’asile. elle peut surtout proposer courageusement des mesures européennes pour faire face à ces réels problèmes.

Bref : la confrontation se rejoue entre ceux qui pensent qu’ « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde » et ceux qui pensent qu’on est loin de l’accueillir et surtout qu’il faut arrêter de la provoquer à travers des politiques économiques qui créent toujours plus de richesses avec toujours moins de redistribution aux populations. au sud évidemment mais au nord aussi.

Découvrir le sommaire de ce numéro…

  • Réfugié, demandeur d’asile, migrant… Lexique & définitions

  • Adresses utiles pour les personnes exilées en Belgique

  • Quels sont les droits des personnes solidaires? Testez vos connaissances!

  • Commander des brochures pour sensibiliser

  • Comment aider les migrants en Belgique? Voici des idées concrètes