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Non, Monsieur le Secrétaire d'État, tout n'est pas permis avec les migrants!

Non, Monsieur le Secrétaire d'État, tout n'est pas permis avec les migrants!

Le Secrétaire d’État à l’asile et à la migration en Belgique a déclaré le 11 mai 2017 dans une interview à Reuters qu’il fallait renvoyer les migrants qui tentaient de rejoindre irrégulièrement le territoire européen par voie maritime, en refoulant leurs bateaux dans les pays de transit. Cette réponse inique à la question migratoire en Méditerranée fait de lui un des fers de lance des positions les plus extrêmes en Europe, en violation du droit international et du droit européen. Découvrez notre carte blanche publiée ce 17 mai sur levif.be.  

La situation des migrants en mer Méditerranée est odieuse. Les statistiques des migrants morts dans la traversée risquent cette année d’être encore plus dramatiques qu’en 2016, où on avait déjà atteint le triste record de plus de 5000 morts. C’est probablement sur ce seul constat que nous sommes d’accord avec le Secrétaire d’État. En revanche, ses nouvelles propositions pour "gérer la situation" sont extrêmement dangereuses.

D’abord, parce qu’elles attribuent exclusivement aux passeurs la responsabilité des morts en mer, niant ainsi celle des autorités politiques européennes. La fermeture des frontières et leur surveillance, entre autres par l’agence Frontex, sont des décisions politiques européennes qui obligent les migrants à emprunter des voies toujours plus dangereuses. Le business lucratif des passeurs entrainant des morts en est la conséquence.

Ensuite, le Secrétaire d’État semble oublier qu’il est tenu de faire respecter le droit européen et international, et se positionner "au-dessus des lois". Au nom de la sécurité, des solutions à première vue séduisantes, mais en réalité fallacieuses sont proposées : empêcher les arrivées irrégulières par voie maritime et restreindre - et non pas ouvrir - l’entrée sur le territoire européen via des "voies légales et sûres". Ces idées ne sont pas neuves. Elles visent en réalité à créer des lieux nasses, nouveaux "hotposts" ou camps d’étrangers, dans les pays tiers de transit (qui bien souvent ne respectent pas les droits fondamentaux) vers lesquels on pourrait renvoyer les migrants pour les trier entre "bons et mauvais". Cela est contraire aux principes du droit d’asile et notamment au principe de non refoulement.

Prenons le cas de la Libye, pays de transit. Il s’agit d’un État en guerre civile où les migrants sont rejetés, détenus, torturés, voire exécutés. Renvoyer les migrants en Libye revient dès lors à les exposer à des traitements inhumains, et même mortels. Comment imaginer, dans une telle situation, mettre en place en Libye ce type de centres, tout en faisant croire que ce sont des solutions humanitaires pour les migrants ? Comment faire passer la Libye pour un pays sûr au regard du droit européen?

Le droit international est là pour protéger les individus contre les agissements des États qui risquent de nier leurs droits les plus fondamentaux. Passer outre ces principes revient à transgresser les valeurs fondamentales de nos constitutions.
Pour faire cesser le massacre, il faut au contraire ouvrir de vraies voies de migration légale - notamment en assouplissant les réglementations en matière de visa (de regroupement familial, de travail, d’étude...) - et en permettant à toute personne de venir déposer une demande d’asile à la frontière, où qu’elle se trouve et d’accéder au territoire européen.

Non, Monsieur le Secrétaire d’État, la porte d’entrée en Europe n’est pas ouverte comme vous l’affirmez. Les nombreuses familles endeuillées par la perte d’un être cher en Méditerranée demandent un minimum de respect. Ce que vous proposez avec arrogance entrainera plus de morts, de souffrance et d’injustice, tout en faisant peser sur nos sociétés européennes la menace du démantèlement de l’État de droit.

Nous demandons au Gouvernement fédéral un vrai sursaut politique. Il n’est plus tolérable que l’un de ses membres se permette de telles déclarations. À celles et ceux qui se taisent et n’osent le contredire : l’histoire sera juge de ces prises de position.

  • Alexis Deswaef, Président de la Ligue des droits de l’Homme
  • Philippe Hensmans, Directeur d’Amnesty international Belgique francophone
  • Caroline Intrand, Co-directrice du CIRÉ
  • Pierre Verbeeren, Directeur général de Médecins du Monde
  • Arnaud Zacharie, Secrétaire général du CNCD-11.11.11.
Dernière modification le mercredi 31 mai 2017 12:40