“Faire société”, l’édito du 7ème numéro sur l’intégration

Il existe peu de vocables aux utilisations aussi souples et polysémiques que celui d’« intégrer ». Son acception courante ne serait apparue qu’il y a une cinquantaine d’années, pour désigner l’opération par laquelle un individu ou un groupe s’incorpore à une collectivité, à un milieu…

Dans ce numéro plus précisément, il sera question du moment où l’étranger cesse d’être de passage pour s’installer. Et sans nier la dialectique qui préside au processus, nous gardons à l’esprit que l’intégration n’est pas l’injonction faite à l’individu, mais d’abord l’objectif du corps social dans son ensemble.

Ce qui se cache derrière ce mot est trop riche pour ne pas susciter des réactions contrastées. Il est pour les uns l’idéal humaniste au nom duquel une société s’enrichit de toutes ses composantes, en refusant que certaines soient rejetées dans les marges. Pour d’autres, il sera perçu comme une manifestation de la volonté du groupe dominant d’assimiler ceux qui viennent d’ailleurs, sans admettre que ce processus entraîne une modification de l’ensemble de la société.

Vouloir clarifier le concept et réfléchir aux politiques qu’il implique est donc un vaste chantier… D’abord parce qu’on met le terme à toutes les sauces, surtout les plus indigestes. Ainsi peut-on parier que si le coup de poing mortel donné à l’accompagnateur de bus bruxellois le 7 avril dernier l’avait été par un jeune d’origine étrangère, les journaux belges auraient titré sur l’« échec de l’intégration », comme certains médias français l’ont fait lors de l’arrestation de Mohamed Merah. Nous y avons échappé cette fois, mais le glissement sémantico-politique s’est déjà souvent produit, et se reproduira. Il n’est pas abusif de penser en termes de « désintégration » face à certaines formes de délinquance, mais ce n’est pas de l’intégration dont nous parlons ici qu’il s’agit. On parle alors de ce qui touche tous ceux qui sont contraints, ou choisissent de vivre en marge. Ils seront beaucoup moins déterminés par le fait d’être nés ailleurs ou d’avoir des parents étrangers que par le modèle sociétal, le quartier où ils habitent, l’école qui les a acceptés, le travail qui sera (in)disponible…

Cela dit, penser en termes d’« intégration » n’a rien de négatif et se trouve au cœur de la plupart des questions que pose le « faire société » aujourd’hui. Les règles, les coutumes, les habitudes, évoluent d’abord avec les techniques et les générations. Mais elles changent aussi simplement parce que les gens eux-mêmes évoluent. En tout cas, aujourd’hui, des individus, mais aussi des communautés entières venues d’ailleurs obligent au nom du principe de réalité à chercher comment travailler de façon durable ce nouveau tissu de société.

Un adolescent résumait bien la problématique à l’occasion des manifestations nationalistes turques à Bruxelles en 20071 : « En Belgique, on est des étrangers, dans le quartier on est chez nous ».

Faire l’inventaire de ce que recouvre l’intégration des « étrangers » implique en principe de parler des discriminations, de la lutte contre le racisme, de l’accès à la nationalité, des effets contrastés des politiques de regroupement familial, de mariage ou de visas, de la gestion de la diversité religieuse… Rien n’est neutre ni facile chaque fois que ces questions se posent. La priorité est sans doute de rechercher tous les chemins qui permettent d’élargir le champ des possibles, et de pousser à sortir des territoires assignés.

Découvrir le sommaire de ce numéro…

Note:
1 In U. Manço (dir.), Affaires d’identité ? Identités à faire, L’Harmattan, 2012.
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