Semira Adamu: ils ont tué une femme, pas son combat

A partir de ce 19 septembre et tous les jours jusqu’au 28 septembre, la Coordination Semira Adamu organise une série d’activités pour commémorer la mort de cette jeune réfugiée nigériane, tuée le 22 septembre 1998 lors de sa sixième tentative d’expulsion.

La coordination rassemble plus de cent organisations – dont le CIRÉ – et autant de soutiens individuels et a voulu tant commémorer la lutte de Semira Adamu que penser la politique migratoire actuelle.

Conférences et séminaires, expositions, théâtre, slam, cinéma… un programme riche dont le cœur seront un rassemblement au Parc Maximilien ce samedi 22 septembre et une manifestation devant le centre fermé 127 bis, à Steenokkerzeel, le dimanche 23 septembre.

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Ligne du temps: la vie et le combat de Semira Adamu

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Semira Adamu

Semira Adamu naît à Kaduna, au Nigéria.

15 Avril 1978

Après avoir fui le Nigéria en passant par le Togo, Semira atterrit à l’aéroport de Zaventem, en transit vers Berlin. Elle est arrêtée et incarcérée au centre fermé 127 bis, à Steenokkerzeel. Elle introduit une demande d’asile motivée par la fuite d’un mariage forcé avec un polygame de 65 ans. Cette demande sera refusée.

25 Mars 1998

Lors d’une manifestation devant le centre 127 bis, le Collectif contre les expulsions déploie un drap où est inscrit un numéro de téléphone. Ils reçoivent un appel : c’est Semira. Au cours des mois qui suivent, ses témoignages permettent de mieux connaître le fonctionnement des centres fermés, notamment la violence dont sont victimes les détenus. Les autorités ont déjà tenté de l’expulser à trois reprises.

Mai 1998

Quatrième tentative d’expulsion, à laquelle Semira résiste. Dans l’avion, six policiers et deux gardes de la sécurité de la Sabena se rassemblent autour d’elle. “Ils poussaient partout sur mon corps et l’un d’eux compressait un oreiller sur mon visage. Il a presque réussi à m’étouffer“, témoigne Semira. Les passagers se révoltent, une bagarre éclate. La tentative d’expulsion échoue.

21 Juillet 1998

Les autorités belges tentent d’expulser Semira pour la cinquième fois. A nouveau, elle résiste et est débarquée de l’avion.

11 Août 1998

La RTBF diffuse un reportage sur les centres fermés dans lequel Semira témoigne de la violence des tentatives d’expulsion qu’elle a subies. Elle explique qu’à l’aéroport de Zaventem, ”l’ambiance a changé. Ils pourraient tuer“.

20 Septembre 1998

Les autorités tentent d’expulser Semira pour la sixième fois. Neuf gendarmes sont mobilisés pour l’embarquement. Dans l’avion, Semira chante. Elle se retrouve pieds et mains menottés, pliée en deux, la tête enfoncée dans un coussin par un gendarme pendant une quinzaine de minutes. L’étouffement plonge Semira dans le coma. Vers 21h30, Semira décède à l’hôpital Saint-Luc.

22 septembre 1998

Le ministre de l’Intérieur, Louis Tobback, annonce sa démission.

25 Septembre 1998

Six mille personnes assistent aux funérailles de Semira Adamu aux alentours et dans la Cathédrale des Saints Michel et Gudule, dans le centre de Bruxelles.

26 Septembre 1998

Le Conseil des ministres décide de mettre en place une commission, présidée par le professeur Vermeersch, chargée d’évaluer les instructions en matière d’éloignement. La commission présente son rapport trois mois plus tard: il proscrit l’usage du coussin mais autorise le “saucissonnage” des étrangers et recommande les charters collectifs plutôt que des vols civils pour les expulsions.

4 Octobre 1998

L’arrêté royal fixant le régime des centres fermés est promulgué. Il donne un cadre légal au fonctionnement des centres fermés.

4 Mai 1999

Le gouvernement adopte une loi de régularisation collective et ponctuelle des personnes sans-papiers, en réaction aux occupations d’églises par des sans-papiers, qui ont lieu suite à la mort de Semira.

22 Décembre 1999

Cinq ans après les faits, le procès de cinq anciens gendarmes poursuivis pour la mort de Semira s’ouvre à Bruxelles. Lors de la première audience, une vidéo filmée dans l’avion est diffusée. On y voit les onze longues minutes d’étouffement de Semira…

10 Septembre 2003

Quatre des cinq policiers poursuivis en justice sont condamnés ; trois écopent d’un an de prison avec sursis pour coups et blessures involontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, le quatrième est condamné à 14 mois avec sursis pour coups et blessures involontaires. Ce procès laisse un goût amer: ni les autres gendarmes, ni leurs supérieurs, ni l’Office des Étrangers, ni les anciens ministres de l’Intérieur Louis Tobback et Johan Vande Lanotte (qui avait réautorisé l’usage du coussin en 1996) n’auront eu à s’expliquer devant la justice.

12 Décembre 2003

Une seconde commission Vermeersch est réunie en réponse à l’agitation qu’a suscité le jugement au sein de la police. Elle présente son rapport un an plus tard: la plupart des mesures qu’elle prône garantissent moins une meilleure protection des personnes expulsées que la sécurité juridique du personnel policier.

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