“Un miroir des déséquilibres mondiaux”, l’édito du 8ème numéro

Se pencher sur la migration et la santé, et sur le lien entre ces deux thèmes, est un exercice qui permet de complexifier nos approches des phénomènes migratoires et permet d’insister sur l’interdépendance des problèmes au sein de notre planète.

Commençons par le lien qui a un impact direct sur les populations qui restent. Un des phénomènes majeurs de notre « mondialisation de service » est celle de la migration du personnel de santé. Au cours des 30 dernières années, le nombre d’agents de santé migrants a augmenté de plus de 5% par an dans de nombreux pays d’Europe. En Belgique, nous comptons sur des ressources humaines roumaines, portugaises ou d’ailleurs. De véritables « filières » organisées permettent la migration du personnel de santé afin de remplir nos maisons de soins et nos hôpitaux. En effet, nos populations vieillissantes et l’épidémie des maladies« chroniques » (diabète, hypertension …) due à notre mode de vie demandent de plus en plus de personnel de santé. Cette migration a évidemment une incidence sur la santé des gens qui restent vu le manque de personnel dans les structures. Ce manque se fait d’autant plus sentir sur des pays à forte prévalence de VIH, de malnutrition infantile sévère…

L’autre lien entre migration et santé est bien sûr la migration du patient privilégié. Si les professionnels bougent, les patients bougent aussi, mais pas toujours dans le sens attendu. Pour alléger l’addition de l’opération, réduire les délais d’attente, joindre l’utile à l’agréable, le tourisme médical a le vent en poupe. les patients voyagent vers des pays qui ont développé une véritable économie du tourisme médical, chaque pays se construisant une spécialité :lifting-safari en Afrique du Sud, liposuccion-plage en Tunisie (50 000 Européens en 2010)… Des volumes de migration vers le Sud, captant le personnel médical disponible, devenus équivalents aux phénomènes migratoires vers le Nord.

Qu’en est-il en fin de compte des migrants précaires vers la Belgique et de leur santé en général ? Pour eux, les obstacles à un bon état de santé sont considérables : il y a d’abord l’épreuve de la migration elle-même, l’épreuve die l’exil, l’épreuve de la précarité ici (situation de rue, pauvreté, logements insalubres…). Il y a ensuite les reports de soins pour tant de raisons : l’accessibilité financière, les discriminations quotidiennes dans le soin et le prendre soin, les barrières linguistiques et culturelles, le statut juridique ainsi que d’autres difficultés sociales et économiques. Malheureusement, les données sont peu nombreuses et les pratiques adaptées afin de réduire certaines inégalités de santé le sont tout autant. les prestataires de soins sont eux-­mêmes de moins en moins outillés pour faire face à ces demandes spécifiques.

Pour achever ce rapide tour d’horizon des liens entre migration et santé, il est important de mentionner la « protection médicale » et la non-expulsion des personnes gravement malades n’ayant pas accès aux soins dans leur pays d’origine. Cette protection nécessaire est essentielle afin de garantir la continuité des soins et éviter un traitement inhumain et dégradant ». La nécessité de cette protection n’est finalement que le corollaire des déséquilibres des systèmes de santé entre pays, eux-mêmes une des premières causes de la migration des professionnels de santé…

Quand on vous parlait d’interdépendance!

Découvrir le sommaire de ce numéro…

  • Réfugié, demandeur d’asile, migrant… Lexique & définitions

  • Adresses utiles pour les personnes exilées en Belgique

  • Quels sont les droits des personnes solidaires? Testez vos connaissances!

  • Commander des brochures pour sensibiliser

  • Comment aider les migrants en Belgique? Voici des idées concrètes