Édito:”Migrations du travail, travail des migrants”

L’immigration, pour ou contre ? En voilà une question idiote, du genre : pour ou contre les marées ou les phases de la lune ? À l’échelle du temps long, l’immigration est quasiment un phénomène naturel. Aucune politique, aucune frontière n’a jamais été capable d’endiguer ce besoin qu’ont des êtres humains de quitter la terre qui les a vu naître pour se bâtir ailleurs une vie plus conforme à leurs aspirations.

Et les migrations économiques ? C’est pareil. Notamment parce que toute migration a aussi des effets économiques, même quand c’est une autre motivation qui est mise en avant. Tous les migrants adultes ont une activité économique, déclarée ou non, dans le cadre d’un métier ou au sein de la famille. Les milliers d’étrangers qui s’installent chaque année en Belgique ne sont ni des mendiants ni des voleurs. C’est donc qu’ils ont trouvé du travail, sous l’une ou l’autre forme, ou qu’ils vivent de celui de leurs proches.

Pas d’angélisme : tout ne va pas pour le mieux. La main invisible du marché migratoire où chacun, employeur ou travailleur, ne recherche que son propre intérêt, ne produit pas spontanément de l’harmonie. Si on ne peut sûrement pas régler l’immigration à l’unité près, on ne doit pas s’interdire de l’orienter et de la réguler. L’objectif du « triple win », où tout le monde gagne – la société d’accueil, la société de départ et le migrant lui-même – ne sera sans doute jamais atteint. Mais il reste une boussole qui peut orienter les politiques publiques dans leur recherche d’un difficile équilibre.

Pour certains, tout est simple et cette boussole est inutile. Ainsi, le patronat a toujours été en faveur d’une totale liberté des migrations économiques. Son but : recruter les meilleurs travailleurs au meilleur coût. N’importe où, il n’est pas regardant. Soit pour les faire venir ici, soit pour délocaliser la production chez eux. Logiquement, il estime que la libre circulation des travailleurs doit venir compléter celle des marchandises et des capitaux et favoriser la concurrence entre acteurs économiques. Déjà, on constate les effets de cette libre circulation dans l’espace de l’Union européenne. Dans le bâtiment, par exemple, des entreprises polonaises offrent leur services à des prix cassés de manière parfaitement légale, par la seule vertu de leurs salaires plus bas et leur protection sociale plus faible.

Surfant sur ce malaise, l’extrême droite dénonce une attaque frontale du « lobby immigrationniste » contre « nos » travailleurs victimes d’une concurrence déloyale. Il faudrait les protéger au nom de la préférence nationale en se barricadant derrière des frontières étanches et en relançant la machine à expulser. Quant à ceux qui ne seraient pas expulsés, ils seraient privés du bénéfice de l’État social qui serait transformé, pour le coup, en un véritable régime d’apartheid. L’une et l’autre de ces positions limites exaltent une forme d’égoïsme insupportable, que ce soit au nom du profit ou de la pureté ethnique.

Pendant les Trente Glorieuses (1944- 1974), quand notre société ignorait le chômage de masse, le « triple win » allait de soi. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, il est impossible d’affirmer sans analyse plus fine à qui et à quoi l’immigration économique est vraiment bénéfique. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne reviendra plus jamais – heureusement ! – dans un monde de territoires fermés dressés les uns contre les autres. Il faut apprendre à vivre désormais dans un monde ouvert, en veillant à ce qu’il ne se transforme pas en un énorme champ de bataille concurrentiel de tous contre tous. Dans ce cadre, la solidarité n’est pas un choix, mais une nécessité.

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