Édito: l’Europe à l’envers du miroir

L’Europe nous relie au monde. Et c’est à travers l’Europe que le monde nous regarde, le plus souvent avec les yeux de Chimène. Voyez ces Ukrainiens qui rêvent de nous rejoindre pour échapper au despote du Kremlin.

Dans le miroir qu’ils nous tendent, notre image est flatteuse. Cela mérite bien qu’on fasse mine de leur ouvrir les bras. Mine seulement. L’Europe n’aime pas les pauvres, à commencer par les siens. Les Roumains et les Bulgares, derniers arrivés au club, on les regarde de travers. Regardez-les : ils se vendent au rabais, cassent le marché, ils sont Roms… Ils sont pauvres, surtout.

Le produit intérieur brut de la Roumanie était en 2012 de 9 036 $ par habitant. Celui de la Bulgarie : 6 978 $. Celui, au hasard, de la Belgique : 43 372$ ! Un écart insupportable, qui menace notre modèle social. Alors imaginez l’Ukraine : son PIB pat habitant n’est que de 3 867 $ ! Elle n’est pas près d’y entrer, dans l’Union européenne.  

S’il suffisait de rêver à l’Europe pour y être accueilli à bras ouverts, ça changerait la vie de ces milliers de migrants qui la risquent chaque semaine pour franchir sa frontière Sud. Et, désormais, sa frontière Est. Car les routes de l’immigration irrégulière se déplacent. Aujourd’hui, c’est entre la Turquie et la Grèce que la pression maximale s’exerce. Et, inexorablement, cette pression remonte. Jusqu’à, justement, la frontière européenne avec l’Ukraine qui se blinde à vitesse accélérée.

Grâce aux Suisses

Cette frontière qui bride la mobilité des êtres humains mais que les capitaux et les marchandises traversent allègrement, comment est-elle ressentie de l’autre côté ? Grâce aux Suisses, aujourd’hui, nous le savons. Le 9 février, par référendum, ils ont décidé de « gérer de façon autonome l’immigration des étrangers », c’est-à-dire de sortir de l’espace Schengen, cette zone de libre circulation des personnes dont elle faisait alors partie avec la plupart des États de l’Union européenne, et ce « au nom des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de préférence nationale ».

Lisez bien ces mots, ils sont terribles. Les dirigeants européens ne manquèrent pas alors de fustiger l’égoïsme de ces Helvètes qui avaient mal voté et dont les citoyens européens, désormais étrangers en Suisse, faisaient les frais. Face la forteresse bancaire qui voulait ainsi protéger sa prospérité insolente, nous étions à notre tour de l’autre côté de la frontière, à l’envers du miroir.

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