Édito: L’autre face de Charlie

Il y a un mois, nous avons tous été Charlie. Tous ? Certains l’étaient plus que d’autres.

Les plus Charlie étaient à Paris le 11 janvier. Trois millions de personnes. Fausse note : au premier rang, quelques chefs d’État issus de pays dont les Charlie locaux – journalistes et artistes indépendants – étaient systématiquement réduits au silence par les autorités. Mais derrière marchait le peuple de France dans toutes ses composantes.

Car Charlie, ce n’était pas seulement les dessinateurs d’un journal que la plupart des manifestants n’avaient jamais acheté. C’était aussi ce policier mort pour avoir voulu les protéger, qui s’appelait Ahmed. Cette policière noire assassinée le lendemain de l’attentat contre le journal. Ces quatre clients juifs d’une supérette casher assassinés par haine antisémite. Charlie, c’était la diversité d’un peuple qui ne serait pas ce qu’il est si toutes les vagues de l’immigration n’avait pas déposé leurs alluvions au cœur de cette vieille terre d’Europe occidentale, en provenance d’Europe de l’Est, du monde arabe, d’Afrique subsaharienne ou des Antilles. Charlie, c’était le monde entier.

Charlie, c’était la diversité d’un peuple qui ne serait pas ce qu’il est si toutes les vagues de l’immigration n’avait pas déposé leurs alluvions au cœur de cette vieille terre d’Europe occidentale, en provenance d’Europe de l’Est, du monde arabe, d’Afrique subsaharienne ou des Antilles.

Cette face de Charlie fut submergée par la célébration exclusive de la liberté d’expression. Et pourtant, ce que les assassins avaient mis en péril était un bien aussi précieux que cette liberté : la cohésion d’une société où de nombreuses minorités venant d’ailleurs doivent quotidiennement faire face au racisme et aux discriminations. Dans les jours qui suivirent cette semaine tragique, son onde de choc libéra de sinistres forces. Les actes islamophobes et antisémites se multiplièrent par dizaines, distillant la peur et dressant des communautés les unes contre les autres. C’était sans doute là le véritable objectif des terroristes.

Et le monde ? Empathie totale en Europe et en Amérique du Nord, tandis que s’embrasait contre la France sacrilège un monde musulman qui s’était trouvé un dérivatif commode. Mais, à Rio et à Johannesburg, à Dakar et à Manille, on n’était pas tellement Charlie. Une occasion a sans doute été manquée. Au lieu d’exalter des « valeurs de
la République » qui ne disent plus rien au reste du monde, pourquoi ne pas avoir mis en avant la France métissée qui fut blessée, cette face de la mondialisation grâce à laquelle nos villes vivent en résonance avec toute l’humanité ?

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