Édito: Danser, Résister

Encore la Palestine. Cet été, Gaza a été bombardée. Plus de 2 000 morts. Pendant ce temps, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, la colonisation avance à grands pas protégée par un appareil qui empêche tout contact entre les Palestiniens et les colons qui ont accaparé les meilleures terres.

Les Israéliens et les Palestiniens ne se parlent pas, ne se connaissent pas. Il est plus facile de haïr quand « l’autre » n’a pas de visage humain. Côté israélien, un grand rabbin déclarait : « Les Palestiniens sont des serpents que Dieu regrette d’avoir créé. » En face, un prédicateur koweitien appelait « chaque mère musulmane à biberonner ses enfants à la haine des fils de Sion afin qu’une nouvelle génération se lève pour les rayer de la surface de la planète ».

Et à l’intérieur de l’État d’Israël ? Surprise : un Israélien sur cinq… est Palestinien, descendant de ceux qui, en 1948, quand cet État a été proclamé, sont restés sur place. La situation de ces citoyens israéliens est paradoxale. Peut-on vraiment, en tant qu’Arabe, disposer de droits égaux dans un État juif ?

En Israël non plus, ils ne se mélangent pas. Sauf dans quelques villes mixtes où des Palestiniens côtoient des Juifs trop pauvres pour aller vivre ailleurs. C’est le cas de Jaffa, à côté de Tel Aviv. Ville exclusivement arabe il y a 70 ans, elle compte encore un tiers de Palestiniens. Dans un climat échauffé par la guerre et l’intrusion de groupes d’extrême droite, la cohabitation n’est pas facile.

Un homme, Pierre Dulaine, ancien champion de danse de salon, né à Jaffa en 1944, a fait un pari fou : faire danser ensemble des enfants, juifs et palestiniens, de sa ville natale. Danser ensemble, se toucher, se regarder dans les yeux, pour s’humaniser. Quand on danse ensemble, on ne peut plus se haïr. Ce rêve a débouché sur un film.

Mais qui peut croire que le conflit pourrait disparaître par le miracle de la danse ? Il faut d’abord faire respecter le droit international et le chemin sera long. Mais toute solution juste de ce conflit interminable doit de toute façon déboucher sur une forme de cohabitation entre deux peuples condamnés à s’entendre. Danser ensemble, pour résister sans haine et ne pas insulter l’avenir.

« Dancing in Jaffa », de Hilla Medalia, sera projeté dans les salles à partir du 10/12. Une présentation publique aura lieu le 9/12, au cinéma Vendôme (Bruxelles). MICmag soutient cette présentation.
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