De seconde zone, une tribune de SHARE-le Forum des migrants

La Belgique ouvre généreusement les bras aux individus susceptibles de contribuer à son rayonnement international : ceux qui sont en mesure de donner d’elle l’image d’une nation comptant de « grands hommes » en son sein. En revanche, c’est avec beaucoup plus de circonspection qu’elle accueille les « immigrés », toujours perçus comme un fardeau bien encombrant alors même qu’ils regorgent de talents. Une tribune de SHARE-le Forum des migrants.

Nick Waters, scénariste hollywoodien à succès, s’en réjouit. Grâce à la loi du 4 décembre 2012, il va pouvoir récupérer sa nationalité belge !

La Belgique ouvre en effet généreusement les bras aux individus susceptibles de contribuer à son rayonnement international : ceux qui sont en mesure de donner d’elle l’image d’une nation comptant de « grands hommes » en son sein. En revanche, c’est avec beaucoup plus de circonspection qu’elle accueille les « immigrés », toujours perçus comme un fardeau bien encombrant alors même qu’ils regorgent de talents.

Pourtant, la nationalité est un levier important pour l’inclusion socioéconomique.

De nombreuses études1 le démontrent : comparées aux immigrés extracommunautaires, les personnes devenues belges accèdent à de meilleurs emplois, de meilleurs logements et participent plus à la vie politique et citoyenne. L’une des recommandations d’un rapport de l’OCDE2 est justement de faciliter l’accès à la nationalité pour atténuer les effets ravageurs de la crise économique sur les non-Européens.

L’insistance sur la « volonté » individuelle d’intégration et l’adhésion aux « valeurs » écarte discrètement toute discussion sur la qualité des politiques et mécanismes d’inclusion.

La Belgique, comme d’autres, en a décidé autrement : restriction de l’accès à la nationalité par l’imposition de nouvelles exigences, procédures interminables et critères de sélection très peu transparents. La nationalité s’apparente de plus en plus à une faveur : son éventuel octroi ne peut-être perçu que comme arbitraire !

Soulignons encore une fois les absurdités de cette logique. Il faut donc démontrer son insertion socio-économique pour obtenir la nationalité, par ailleurs nécessaire pour… faciliter cette même insertion ! À l’évidence, la pensée néolibérale guide la nouvelle politique de nationalité. Une politique qui fragilise et exclut les plus défavorisés, tout en les accusant d’être responsables de leur propre précarité.

La Belgique peut ainsi entretenir la fiction d’un état d’élite en feignant d’ignorer tout ceux qui ont contribué et contribuent encore à son développement. On peut douter de l’efficacité d’un tel choix. Le nombre de demandes diminue, mais les personnes concernées sont essentiellement des résidents de longue durée, ayant développé des projets de vie durables en Belgique et n’envisageant pas, pour la plupart, un retour au pays ! En restreignant l’accès à la nationalité, on crée des citoyens de seconde zone, entrainant une précarité que l’État s’emploie par ailleurs à combattre.

Ce changement législatif illustre par ailleurs le paradoxe au coeur des discours et politiques dites d’intégration. L’insistance sur la « volonté » individuelle d’intégration et l’adhésion aux « valeurs » écarte discrètement toute discussion sur la qualité des politiques et mécanismes d’inclusion.

Assez ironiquement, la procédure de naturalisation ne reflète en rien les valeurs et principes auxquels le futur naturalisé est sommé d’adhérer. Il faut donc espérer qu’à l’issue de ce parcours du combattant, le nouveau citoyen croie toujours en l’État de droit dont on clame qu’il se distingue des régimes anti-démocratiques par le rejet des privilèges et par l’égalité des sujets de
droit !

Critiquables sur le plan humain, les nouvelles politiques en matière d’accès à la nationalité s’annoncent en outre peu efficaces tant sur le plan économique que social. Notre proposition serait plutôt la suivante : renforcer notre société par des politiques cohérentes et non des politiques populistes qui s’annulent mutuellement ; favoriser l’inclusion plutôt que créer des sous-citoyens qui appauvrissent la société du fait de leur relative marginalisation ; mettre à profit les talents plutôt que les étouffer. Bref, être plus pragmatique et visionnaire et non simpliste et timoré !

SHARE-le Forum des migrants:

Share est une plateforme belge de réflexion et d’action, majoritairement composée d’organisations issues de l’immigration. Elle vise à établir un dialogue structuré sur l’ensemble du territoire belge, entre ces organisations et l’ensemble des acteurs (politiques, institutionnels ou autres) concernés par les questions migratoires. Elle est portée à ce jour par une vingtaine de partenaires bruxellois, flamands et wallons.

Plus d’infos: www.shareforum.be

Notes:
1.Une des dernières études en date, faisant partie de Mipex, travaux sur les indicateurs d’intégration : www.migpolgroup.com.
2. www.oecd.org/fr
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